Avant l’uniforme, le temps large
Avant l’uniforme, le temps large
Juste avant le service militaire, je vivais dans une forme d’insouciance tranquille.
Rien n’était vraiment urgent. Le monde était là, ouvert, mais sans pression.
Je faisais ce que j’avais à faire, sans me projeter trop loin.
L’avenir existait, bien sûr, mais il restait à distance.
Quand une question surgissait, quand un choix semblait demander une réponse immédiate, je la repoussais sans y penser vraiment.
Je disais simplement : je verrai ça après l’armée.
C’était une formule commode.
Elle fermait la discussion.
Elle mettait le futur entre parenthèses.
L’armée devenait un seuil abstrait, un passage obligé dont je ne mesurais pas encore la portée.
Avant elle, tout paraissait provisoire.
Les décisions pouvaient attendre.
Les engagements aussi.
Il y avait encore du temps.
Du temps pour hésiter, pour observer, pour rester léger.
Je n’avais pas peur.
Je n’étais pas pressé non plus.
Je vivais dans cet entre-deux où l’on avance sans se retourner, convaincu que le réel commencera plus tard.
Une période suspendue, presque douce, où l’on croit que la vie patientera.
Je ne savais pas encore que certains après changent tout.
Et que l’insouciance, une fois quittée, ne revient jamais tout à fait.
