La guerre de Trente Ans dans les Trois Évêchés


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La guerre de Trente Ans dans les Trois Évêchés

Metz, Ancy-sur-Moselle, Dornot, Novéant-sur-Moselle

Introduction

La guerre de Trente Ans (1618-1648) constitue, pour l’espace des Trois Évêchés, une période de tensions prolongées dont les effets sont surtout visibles dans la durée. Dans la vallée de la Moselle, la guerre ne se manifeste pas par de grandes batailles locales, mais par des occupations militaires répétées, des passages de troupes, des réquisitions et une pression continue sur les communautés rurales. Metz, Ancy-sur-Moselle, Dornot et Novéant-sur-Moselle offrent un observatoire précis de cette réalité.

1. Les Trois Évêchés au XVIIe siècle : un statut politique spécifique

Les Trois Évêchés, composés de Metz, Toul et Verdun, forment un territoire distinct du duché de Lorraine.

  • 1552 : Metz, Toul et Verdun sont placés sous protection militaire française par Henri II.

  • 1648 : par les traités de Westphalie, la souveraineté française sur les Trois Évêchés est reconnue en droit international.

  • À partir de cette date, les Trois Évêchés sont juridiquement français.

Il est essentiel de distinguer ce territoire du Duché de Lorraine, qui demeure un État distinct jusqu’à son rattachement définitif à la France en 1766, à la mort de Stanislas Leszczynski.
Metz, Ancy-sur-Moselle, Dornot et Novéant-sur-Moselle relèvent des Trois Évêchés, et non du duché de Lorraine, durant toute la période de la guerre de Trente Ans.

2. Metz, place forte et centre de commandement

Metz est l’une des principales places fortes de l’est du royaume. Ses fortifications, renforcées au XVIe siècle, lui permettent de ne jamais être prise pendant le conflit.

La guerre impose cependant à la ville :

  • une présence militaire permanente,

  • des charges fiscales élevées pour l’entretien des troupes et des fortifications,

  • une pression accrue sur les approvisionnements.

Metz joue également un rôle de refuge temporaire pour des habitants des villages environnants lors des phases les plus dures, en particulier dans les années 1630, comme l’attestent les chroniques messines et plusieurs travaux d’histoire locale.

3. La vallée de la Moselle : Ancy, Dornot, Novéant

Les villages comme Ancy-sur-Moselle, Dornot et Novéant-sur-Moselle sont situés le long de la Moselle, axe majeur de circulation. Cette position les expose directement aux mouvements militaires.

Les sources paroissiales, notariales et fiscales permettent d’établir :

  • des passages répétés de troupes,

  • des réquisitions de vin, de céréales, de bétail et de fourrage,

  • des dégradations des vignes et des bâtiments agricoles,

  • des épisodes de surmortalité liés aux famines et aux épidémies.

Les registres paroissiaux montrent parfois des ralentissements dans les mariages et les baptêmes, ainsi que des lacunes ponctuelles, sans indiquer une disparition durable des communautés villageoises.

Familles et continuités locales

4. La famille Carton, vignerons de la vallée mosellane

Le patronyme Carton est solidement implanté dans la vallée de la Moselle, notamment à Ancy-sur-Moselle, Dornot et Novéant-sur-Moselle. Les registres paroissiaux et les actes notariaux conservés montrent :

  • des fratries bien identifiées,

  • une transmission régulière de biens viticoles,

  • une continuité de présence avant, pendant et après la guerre de Trente Ans.

Les Carton apparaissent principalement comme vignerons exploitants ou possédants, inscrits durablement dans l’économie locale. La guerre entraîne des pertes individuelles et des difficultés matérielles, mais elle ne provoque pas de rupture généalogique majeure au sein de la famille.

5. La famille Lavraue et l’accès aux charges

Le patronyme Lavraue, avec ses variantes orthographiques relevées dans les actes anciens, est attesté dans l’espace messin et mosellan avant la guerre de Trente Ans. Les sources indiquent que certains membres de cette famille disposent d’un capital suffisant pour acquérir des charges ou exercer des fonctions reconnues.

L’achat de charges, notamment dans des cadres seigneuriaux ou administratifs locaux comme à Landivraux, constitue un indicateur clair :

  • de capacité financière,

  • d’intégration aux structures juridiques,

  • d’un statut social établi.

La guerre de Trente Ans n’interrompt pas cette trajectoire. Les Lavraue traversent la période sans effacement documentaire notable, tout en subissant, comme l’ensemble des familles locales, les contraintes économiques et humaines du conflit.

6. Lecture d’ensemble

Dans les Trois Évêchés, la guerre de Trente Ans agit comme une épreuve de durée plus que comme un moment de rupture totale. Les exemples des familles Carton et Lavraue montrent que les lignages solidement implantés, disposant de terres, de vignes ou de droits, parviennent à maintenir leur continuité malgré les contraintes.

La crise se lit principalement dans :

  • les rythmes démographiques,

  • les charges économiques imposées aux communautés,

  • les pertes humaines ponctuelles,

plutôt que dans la disparition des familles anciennes.


Sources historiques

Sources primaires

  • Archives départementales de la Moselle, registres paroissiaux BMS d’Ancy-sur-Moselle, Dornot et Novéant-sur-Moselle.

  • Archives départementales de la Moselle, minutes notariales, séries E et B.

Ouvrages historiques et sources locales

  • Dom Augustin Calmet, Histoire de la Lorraine, XVIIIe siècle.

  • Henri Tribout de Morembert, Histoire de Metz, éditions savantes.

  • Bulletins et Mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie de la Lorraine.

  • Monographies communales et paroissiales de la vallée de la Moselle publiées aux XIXe et XXe siècles par des érudits locaux.

Biographie et Généalogie