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La part fragile des saisons humaines

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  La part fragile des saisons humaines Les temps difficiles créent des hommes forts, les hommes forts créent des temps prospères, les temps prospères créent des hommes faibles, les hommes faibles créent des temps difficiles. Il y a des phrases qui traversent les siècles comme un constat silencieux. Les temps difficiles créent des hommes forts, dit-on. Et c’est vrai qu’au cœur des périodes rugueuses, l’être humain apprend à serrer les dents, à tenir debout malgré la crainte, à s’appuyer sur l’essentiel. La force n’est jamais un choix, mais une nécessité. Puis viennent les jours plus clairs. Les hommes solides construisent des temps prospères. Ils rebâtissent, transmettent, stabilisent. Ils savent ce que coûte une saison de tourmente et cherchent à en préserver les autres. Leur force devient discrète, presque ordinaire, mais elle soutient tout. Dans ces périodes apaisées, quelque chose se relâche. Les temps prospères créent des hommes faibles, non par faute morale, mais par s...

Ce que j’aurais voulu transmettre

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  Ce que j’aurais voulu transmettre Il m’est arrivé de penser que j’aurais aimé enseigner. Non pas une matière, ni un programme, mais une manière d’habiter les jours. J’aurais parlé de ce qui ne figure dans aucun manuel. De ces gestes simples qui soutiennent une existence sans bruit. Entretenir un lien, par exemple, non par habitude mais par attention.  Un amour ne s’use pas de durer ; il s’efface lorsqu’on cesse d’y veiller. Il tient à peu de choses : une parole retenue, un regard maintenu, un silence respecté. J’aurais insisté sur cette liberté plus exigeante que les autres : celle d’être soi, sans théâtre, sans justification permanente. Elle ne fait pas de bruit. Elle oblige à se connaître, à se tenir droit sans écraser. Elle demande de renoncer aux rôles commodes et aux appartenances rassurantes lorsque celles-ci étouffent. J’aurais appris à ralentir. À lever les yeux d’un écran pour suivre le déplacement lent d’un nuage. À observer un oiseau qui traverse le ciel sans autr...

Ce qui reste des hommes

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Ce qui reste des hommes Ils étaient venus avec leur métier au corps, des gestes appris dans l’atelier, la ferme, la rue. On leur a donné un numéro, puis un morceau de terre à garder. Au début ils parlent encore d’avant. Des repas, d’une saison, d’un visage. Puis les phrases raccourcissent jusqu’à tenir dans un regard. On ne pense plus au courage. On pense à tenir droit, à bouger quand l’autre bouge, à rester là quand tout pousse à partir. Le temps ne passe plus. Il s’empile. Chaque heure ajoute du poids et personne ne sait ce qu’il en fera après. Certains restent sous la pluie lourde. D’autres repartent sans bruit, avec un sol accroché au dedans, une vigilance qui ne s’éteint pas. La bataille s’arrête un jour. Ce qui reste des hommes, c’est ce qu’ils portent ensuite dans les années redevenues calmes.

La musique après le bal

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  La musique après le bal La salle se vidait sans bruit. Les chaises reprenaient leur place, comme si rien n’avait eu lieu. Je restais encore, non pour attendre, mais pour comprendre ce qui venait de passer. Nous avions tourné longtemps dans un cercle simple, fait de gestes répétés, de regards qui n’avaient pas besoin de mots. Rien d’éclatant. Seulement l’accord discret de deux pas qui s’ajustent. Puis un jour le rythme s’est décalé. À peine. Assez pour que la main cherche l’autre et ne la trouve plus. Tu n’as pas rompu violemment. Tu t’es retiré comme se retire une musique quand la fête s’achève. Depuis, il me reste ce mouvement appris, ce balancement intérieur que je poursuis seul. On croit perdre quelqu’un. On garde surtout la trace de ce que l’on a été en marchant à deux. La salle est désormais silencieuse. Mais parfois, sans raison, je sens encore la cadence revenir. Alors je continue, non pour retenir hier, mais parce qu’une danse vécue ne s’efface jamais tout à fait.