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La part fragile des saisons humaines

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  La part fragile des saisons humaines Les temps difficiles créent des hommes forts, les hommes forts créent des temps prospères, les temps prospères créent des hommes faibles, les hommes faibles créent des temps difficiles. Il y a des phrases qui traversent les siècles comme un constat silencieux. Les temps difficiles créent des hommes forts, dit-on. Et c’est vrai qu’au cœur des périodes rugueuses, l’être humain apprend à serrer les dents, à tenir debout malgré la crainte, à s’appuyer sur l’essentiel. La force n’est jamais un choix, mais une nécessité. Puis viennent les jours plus clairs. Les hommes solides construisent des temps prospères. Ils rebâtissent, transmettent, stabilisent. Ils savent ce que coûte une saison de tourmente et cherchent à en préserver les autres. Leur force devient discrète, presque ordinaire, mais elle soutient tout. Dans ces périodes apaisées, quelque chose se relâche. Les temps prospères créent des hommes faibles, non par faute morale, mais par s...

Tenir la culture, malgré l’air du temps

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  Tenir la culture, malgré l’air du temps Je repense à la table de mon enfance. Le bois portait les traces des années. Mon père parlait peu, mais chaque mot avait son poids. Un livre restait ouvert près de l’assiette, parfois un journal plié en quatre. On ne discutait pas pour remplir le silence. On cherchait à comprendre. Ce n’était pas spectaculaire. C’était exigeant. L’école, alors, prolongeait cette rigueur. On apprenait à lire sans hésiter, à écrire sans approximation, à compter sans détour. Les maîtres ne cherchaient pas à séduire. Ils formaient. Certains étaient sévères. Aucun n’était indifférent. On savait que l’effort ouvrait une porte. Aujourd’hui, ce qui m’inquiète n’est pas un changement de visage. Les époques passent. Ce qui m’inquiète, c’est l’effacement progressif de l’exigence. On parle d’égalité en nivelant. On parle de liberté en abaissant les repères. On confond bienveillance et renoncement. Je ne crois pas qu’un peuple tienne par la masse indistincte. Il tient p...

À ceux qui viendront après nous

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À ceux qui viendront après nous À vous qui lirez ces lignes quand nos pas se seront tus, je veux dire une chose simple, sans emphase, sans détour. Restez vivants. Pas seulement debout, pas seulement présents, mais vivants de l’intérieur. Vivants dans ce que vous choisissez, dans ce que vous refusez, dans la façon dont vous regardez le monde et dont vous vous tenez face à lui. Ne laissez personne décider à votre place de ce qui mérite d’être vécu. Gardez une direction, même fragile, même imparfaite. On peut douter, s’arrêter, changer de cap, mais ne renoncez jamais à avancer. Apprenez. Lisez. Travaillez. Faites avec vos mains, avec votre tête, avec votre cœur. Construisez quelque chose, même de modeste. Une idée juste, un geste honnête, une parole tenue. Remplissez-vous de ce qui vous entoure. La lumière d’un matin, le silence d’un soir, les visages, les saisons, les paysages. Le monde est parfois rude, mais il est aussi vaste et offert. Choisissez la vie avec lucidité, pas avec naïveté...

Eylau, la charge dans la tempête

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  Eylau, la charge dans la tempête Le 8 février 1807, en pleine tempête, 160 000 soldats se font face dans la boue et la neige, jusqu’à la tombée du jour. Le froid mord, la visibilité se réduit, le sol cède sous les pas. La bataille d’Eylau s’installe dans la durée et dans la souffrance. Elle deviendra légendaire : une victoire française arrachée au prix d’un carnage, faite de faits d’armes extrêmes et de milliers de destins brisés. Dès 7 heures, les combats font rage. À 14 h 30, une éclaircie brutale déchire le ciel et révèle l’étendue du désastre. Une brèche de 1 500 mètres s’est ouverte au cœur de la ligne française. L’instant est critique. Napoléon engage aussitôt une partie de la cavalerie pour contenir la percée russe, puis se tourne vers Murat : « Te laisseras tu dévorer par ces gens-là ? » La réponse est immédiate. Murat rassemble tout ce qui peut encore charger : les brigades légères de Colbert et de Bruyère, les dragons de Grouchy, Klein et Milhaud, les lourds cuirassiers...