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La part fragile des saisons humaines

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  La part fragile des saisons humaines Les temps difficiles créent des hommes forts, les hommes forts créent des temps prospères, les temps prospères créent des hommes faibles, les hommes faibles créent des temps difficiles. Il y a des phrases qui traversent les siècles comme un constat silencieux. Les temps difficiles créent des hommes forts, dit-on. Et c’est vrai qu’au cœur des périodes rugueuses, l’être humain apprend à serrer les dents, à tenir debout malgré la crainte, à s’appuyer sur l’essentiel. La force n’est jamais un choix, mais une nécessité. Puis viennent les jours plus clairs. Les hommes solides construisent des temps prospères. Ils rebâtissent, transmettent, stabilisent. Ils savent ce que coûte une saison de tourmente et cherchent à en préserver les autres. Leur force devient discrète, presque ordinaire, mais elle soutient tout. Dans ces périodes apaisées, quelque chose se relâche. Les temps prospères créent des hommes faibles, non par faute morale, mais par s...

Du poisson à la croix

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Du poisson à la croix Comment le christianisme est passé du signe discret au signe public Au commencement, la foi chrétienne n’avait rien d’une religion installée. Elle se transmettait dans des maisons, des ateliers, parfois dans l’ombre des ports ou des marchés. Les croyants vivaient au milieu d’un monde qui ne partageait pas leurs certitudes. Ils ne cherchaient pas à se montrer, mais à se reconnaître. Le signe choisi fut simple : un poisson tracé d’un geste rapide. Il n’attirait pas l’attention. Pourtant, pour celui qui savait lire, il contenait tout. Le mot grec Ichthus formait une profession de foi condensée : Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur. Un dessin banal devenait parole partagée. Il suffisait qu’un second trait vienne compléter le premier pour que deux inconnus comprennent qu’ils appartenaient au même horizon. Dans les catacombes, sur des lampes à huile, sur de petites bagues, le poisson marque une époque fragile. La foi circule sans s’imposer. Elle avance à voix basse. El...

Ce qui reste

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  Le temps a passé sans bruit. Ce qui reste Nous avons cessé de nous promettre beaucoup de choses. La vie s’est chargée de choisir à notre place : les maisons, les saisons, les départs, les retours, les matins trop tôt et les soirs trop courts. Je ne me souviens plus très bien du premier jour. Je me souviens parfaitement de la manière dont ta présence s’est installée. Au début, je te cherchais. Maintenant je te reconnais, même dans l’autre pièce. Il y a longtemps que nos mains ne se frôlent plus par hasard. Elles se retrouvent comme on rejoint une habitude heureuse. Sans y penser. Nous avons changé de visages, pas d’endroit. Nous habitons toujours cet espace discret entre parler et comprendre. Il y a des silences aujourd’hui plus pleins que nos anciennes conversations. Nous n’avons plus besoin d’expliquer ce qui nous fatigue, ni ce qui nous inquiète - cela circule encore, autrement. Parfois je te regarde sans raison, et je comprends que l’amour n’était pas ce que je croyais tenir, ...

Je crois aux gestes qui tiennent

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  Je crois aux gestes qui tiennent Je n’ai jamais su parler d’amour comme on lance des feux d’artifice. Les mots trop brillants me fatiguent. Je préfère ceux qui se déposent doucement, comme une main sur une nuque. J’ai longtemps cru que vivre, c’était avancer droit. Tenir. Résister. Ne pas trop s’attarder sur ce qui tremble. Et puis un jour, ton regard a glissé sur moi autrement. Pas pour me mesurer. Pas pour m’évaluer. Juste pour me voir. Il y a des regards qui effleurent comme une caresse lente. Ils ne cherchent rien à prendre. Ils ouvrent. Je crois que l’amour commence là - dans cette seconde suspendue où l’on se sent reconnu jusque dans ses silences. Là où l’on n’a plus besoin de jouer un rôle. Là où la respiration change de rythme. J’ai compris que les gestes peuvent être plus intimes que les promesses. Un doigt qui frôle la paume. Une épaule offerte sans mot. La chaleur d’un corps qui s’approche dans la nuit, sans explication. Je crois aux paroles murmurées. À celles qui s’i...