Au seuil du sommeil

 


Au seuil du sommeil, ou, état de conscience nocturne.

La nuit n’a pas de bord.
Elle s’étire contre les murs, glisse sous la peau.
Le froid est présent, mais lointain,
comme un souvenir laissé par le corps.

Le son flotte. Trop fort, ou trop éloigné.
Je ne sais plus.
Il occupe l’espace,
tient lieu de présence.

Les draps sont froissés d’avance.
Le temps s’y replie.
Je ferme les yeux sans dormir,
retenu dans cet entre-deux
où rien ne commence vraiment.

Dehors, la ville respire à peine.
Les rues sont vides,
lavées par une lumière pâle
qui hésite à naître.
L’aube tarde,
comme moi.

Je marche sans avancer.
Les feux changent de couleur
sans m’atteindre.
Un bar surgit hors du temps.
Des silhouettes figées.
Des verres pleins.
Aucune parole.

Puis une chambre.
Ou peut-être la même.
L’argent quitte ma main.
Les gestes se font seuls.
Un sourire passe, sans trace.
Un corps est là, sans poids.
Le lit gémit.
Les volets battent.
La lumière tranche.

Je suis présent,
mais pas dedans.
Le regard décroché.
Une autre nuit m’appelle,
plus ancienne,
sans nom.

On parle du temps.
Je demande l’heure.
Les chiffres se dissolvent
avant de répondre.

Le matin arrive sans bruit.
La ville reprend sa ligne droite.
Les passants avancent.
Moi, je dérive encore,
les pieds lourds,
retenus par le sol froid.

Puis le silence.
La chambre.
Les draps.
La musique revient,
ou ne s’est jamais tue.

Et le tremblement demeure.
Calme.
Obstiné.
Veillant à ma place.

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