Ce que le silence m’a donné
Ce que le silence m’a donné Enfance, manque, retenue Je suis né dans un monde où l’on parlait peu. Ce silence n’était ni hostile ni pesant. Il faisait partie de l’air que l’on respirait. On ne le questionnait pas. Il allait de soi, comme le travail du matin ou la fatigue du soir. Les mots existaient, bien sûr, mais ils n’étaient pas là pour expliquer ou rassurer. Ils servaient à dire l’essentiel, rarement plus. Dans cette retenue, j’ai grandi sans me sentir privé. Le manque ne se disait pas. Il s’acceptait. Il n’était pas vécu comme une injustice, mais comme une condition. On faisait avec. On ne s’attardait pas sur ce qui n’était pas là. On avançait. J’ai appris très tôt que se plaindre ne changeait rien, et que l’énergie devait être gardée pour ce qui comptait vraiment. L’enfance, dans ce cadre, n’était pas un refuge. Elle était un apprentissage. On observait les adultes. On imitait leurs gestes. On comprenait en regardant. Personne ne s’asseyait pour expliquer le monde. Le monde se m...