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Ce que le silence m’a donné

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Ce que le silence m’a donné Enfance, manque, retenue Je suis né dans un monde où l’on parlait peu. Ce silence n’était ni hostile ni pesant. Il faisait partie de l’air que l’on respirait. On ne le questionnait pas. Il allait de soi, comme le travail du matin ou la fatigue du soir. Les mots existaient, bien sûr, mais ils n’étaient pas là pour expliquer ou rassurer. Ils servaient à dire l’essentiel, rarement plus. Dans cette retenue, j’ai grandi sans me sentir privé. Le manque ne se disait pas. Il s’acceptait. Il n’était pas vécu comme une injustice, mais comme une condition. On faisait avec. On ne s’attardait pas sur ce qui n’était pas là. On avançait. J’ai appris très tôt que se plaindre ne changeait rien, et que l’énergie devait être gardée pour ce qui comptait vraiment. L’enfance, dans ce cadre, n’était pas un refuge. Elle était un apprentissage. On observait les adultes. On imitait leurs gestes. On comprenait en regardant. Personne ne s’asseyait pour expliquer le monde. Le monde se m...

Au seuil du sommeil

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  Au seuil du sommeil,  ou, état de conscience nocturne. La nuit n’a pas de bord. Elle s’étire contre les murs, glisse sous la peau. Le froid est présent, mais lointain, comme un souvenir laissé par le corps. Le son flotte. Trop fort, ou trop éloigné. Je ne sais plus. Il occupe l’espace, tient lieu de présence. Les draps sont froissés d’avance. Le temps s’y replie. Je ferme les yeux sans dormir, retenu dans cet entre-deux où rien ne commence vraiment. Dehors, la ville respire à peine. Les rues sont vides, lavées par une lumière pâle qui hésite à naître. L’aube tarde, comme moi. Je marche sans avancer. Les feux changent de couleur sans m’atteindre. Un bar surgit hors du temps. Des silhouettes figées. Des verres pleins. Aucune parole. Puis une chambre. Ou peut-être la même. L’argent quitte ma main. Les gestes se font seuls. Un sourire passe, sans trace. Un corps est là, sans poids. Le lit gémit. Les volets battent. La lumière tranche. Je suis présent, mais pas dedans. Le regard ...

Quand j’étais ce garçon-là

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  Quand j’étais ce garçon-là Quand j’étais ce garçon-là, la musique montait sans frein, emplissait l’espace, traversait le corps avant d’atteindre les mots. Tu étais là, tout près. Un seul regard suffisait. Le reste s’effaçait. Je n’avais rien à prouver, rien à défendre. Je tenais simplement debout. Autour, les autres tâtonnaient. Certains jouaient les durs, d’autres attendaient leur heure. Moi, je découvrais qu’il est des instants justes. Je n’étais pas encore solide, pas encore sûr de moi. Mais dans la lumière mouvante, je me sentais entier - un jeune homme, sans masque. Quand tout s’éteignait, le noir devenait refuge. Il restait le rythme, la chaleur, cette clarté étrange : flotter. Je ne savais pas encore que ces soirs-là passeraient, qu’ils deviendraient mesure du temps. Je savais seulement qu’un instant suffisait à faire tenir le monde. Et parfois, aujourd’hui encore, quand le silence s’installe, je sens ce battement ancien me traverser - comme un écho vivant de ce garçon-là....

Taous Ait Mesghat

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Puisque dévoiler mes jambes cause des tremblements de terre et mes cheveux, cyclones et vents froids. Puisqu'un bout de ma gorge fait monter la mer et des terrains glissent au son de ma voix. Puisque mon sein qui allaite provoque famine et misère et que mes bras nus réchauffent le climat. Puisque mon sourire déstabilise l'univers et réveille tous les instincts bas. Puisque je suis derrière toutes les catastrophes naturelles, alors crains moi. Car force divine je suis et le misérable mortel, c'est toi. Taous Ait Mesghat, Poétesse berbère

Tenir, la vie

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  Tenir, la vie Je ne pars pas, non par promesse, mais parce que rester est devenu un accord, un pas qui se pose sans bruit. Sans elle, les jours glisseraient sans relief, des heures bien remplies qui ne laisseraient aucune trace. Avec elle, chaque instant reprend sa juste place, le geste trouve sa mesure, le temps s’ouvre au lieu de presser. Je reste, non par illusion, mais par attention, à ce qui se construit encore, même dans la lenteur. La vie ne s’impose pas. Elle avance à hauteur d’homme, discrète, patiente, présente sans se montrer. Alors il y a ce lien, simple et continu, entre ce que je fais et ce que je deviens. Avancer ainsi, sans éclat inutile, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire qu’être là, et tenir.

La fidélité qui tient un pays

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  La fidélité qui tient un pays Laure Conan écrivait : "Le patriotisme, qui fait les grands hommes, fait aussi les grands prodiges." En une phrase, elle disait l’essentiel. Non comme un slogan, mais comme une vérité éprouvée, issue de l’observation des hommes et du temps long. Le patriotisme est d’abord un attachement profond. À une terre, à une langue, à une histoire partagée. Il ne se confond ni avec la fermeture ni avec l’hostilité. Il n’est pas une crispation, mais une fidélité. Il transmet avant de revendiquer. Il porte en lui le sens du devoir, le goût de l’effort, la conscience de ce qui a été reçu et la responsabilité de le transmettre. Il relie l’individu à quelque chose de plus grand que lui, sans jamais nier sa liberté ni sa singularité. Certains s’emploient à présenter ces valeurs comme dépassées, anachroniques ou suspectes. Comme si aimer son pays était devenu une faute morale ou un vestige du passé. Pourtant, il suffit de regarder la réalité pour mesurer combien...

Le jour se lève sans bruit

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Le jour se lève sans bruit Une lumière pâle glisse sur les herbes, s'attarde, puis avance. Rien ne presse. Je respire avec le paysage. L'air entre, frais, chargé d'odeurs de terre et de feuilles humides. Il ressort plus lentement, emportant ce qui n'a plus besoin de tenir. Le monde fait de même. Il inspire, il expire. Depuis toujours. Un arbre seul tient la ligne. Ses racines travaillent dans l'ombre, patientes. Il ne cherche pas à convaincre. Il pousse, simplement. Le vent passe dans ses branches comme une voix ancienne. Elle ne donne pas d'ordres. Elle rappelle. Le chemin n'est pas droit. Il s'efface parfois sous l'herbe, puis revient. La pluie le marque, le soleil le durcit. Chaque pas le redessine. Marcher, c'est accepter cela. Ne pas tout voir, mais avancer quand même. Plus loin, l'eau glisse sur les pierres. Elle n'insiste pas. Elle contourne. Elle trouve toujours une issue. Sa lenteur n'est pas une faiblesse. C'est une forc...