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Quand j’étais ce garçon-là

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  Quand j’étais ce garçon-là Quand j’étais ce garçon-là, la musique montait sans frein, emplissait l’espace, traversait le corps avant d’atteindre les mots. Tu étais là, tout près. Un seul regard suffisait. Le reste s’effaçait. Je n’avais rien à prouver, rien à défendre. Je tenais simplement debout. Autour, les autres tâtonnaient. Certains jouaient les durs, d’autres attendaient leur heure. Moi, je découvrais qu’il est des instants justes. Je n’étais pas encore solide, pas encore sûr de moi. Mais dans la lumière mouvante, je me sentais entier - un jeune homme, sans masque. Quand tout s’éteignait, le noir devenait refuge. Il restait le rythme, la chaleur, cette clarté étrange : flotter. Je ne savais pas encore que ces soirs-là passeraient, qu’ils deviendraient mesure du temps. Je savais seulement qu’un instant suffisait à faire tenir le monde. Et parfois, aujourd’hui encore, quand le silence s’installe, je sens ce battement ancien me traverser - comme un écho vivant de ce garçon-là....

Taous Ait Mesghat

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Puisque dévoiler mes jambes cause des tremblements de terre et mes cheveux, cyclones et vents froids. Puisqu'un bout de ma gorge fait monter la mer et des terrains glissent au son de ma voix. Puisque mon sein qui allaite provoque famine et misère et que mes bras nus réchauffent le climat. Puisque mon sourire déstabilise l'univers et réveille tous les instincts bas. Puisque je suis derrière toutes les catastrophes naturelles, alors crains moi. Car force divine je suis et le misérable mortel, c'est toi. Taous Ait Mesghat, Poétesse berbère

Tenir, la vie

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  Tenir, la vie Je ne pars pas, non par promesse, mais parce que rester est devenu un accord, un pas qui se pose sans bruit. Sans elle, les jours glisseraient sans relief, des heures bien remplies qui ne laisseraient aucune trace. Avec elle, chaque instant reprend sa juste place, le geste trouve sa mesure, le temps s’ouvre au lieu de presser. Je reste, non par illusion, mais par attention, à ce qui se construit encore, même dans la lenteur. La vie ne s’impose pas. Elle avance à hauteur d’homme, discrète, patiente, présente sans se montrer. Alors il y a ce lien, simple et continu, entre ce que je fais et ce que je deviens. Avancer ainsi, sans éclat inutile, parce qu’il n’y a rien d’autre à faire qu’être là, et tenir.

La fidélité qui tient un pays

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  La fidélité qui tient un pays Laure Conan écrivait : "Le patriotisme, qui fait les grands hommes, fait aussi les grands prodiges." En une phrase, elle disait l’essentiel. Non comme un slogan, mais comme une vérité éprouvée, issue de l’observation des hommes et du temps long. Le patriotisme est d’abord un attachement profond. À une terre, à une langue, à une histoire partagée. Il ne se confond ni avec la fermeture ni avec l’hostilité. Il n’est pas une crispation, mais une fidélité. Il transmet avant de revendiquer. Il porte en lui le sens du devoir, le goût de l’effort, la conscience de ce qui a été reçu et la responsabilité de le transmettre. Il relie l’individu à quelque chose de plus grand que lui, sans jamais nier sa liberté ni sa singularité. Certains s’emploient à présenter ces valeurs comme dépassées, anachroniques ou suspectes. Comme si aimer son pays était devenu une faute morale ou un vestige du passé. Pourtant, il suffit de regarder la réalité pour mesurer combien...

Le jour se lève sans bruit

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Le jour se lève sans bruit Une lumière pâle glisse sur les herbes, s'attarde, puis avance. Rien ne presse. Je respire avec le paysage. L'air entre, frais, chargé d'odeurs de terre et de feuilles humides. Il ressort plus lentement, emportant ce qui n'a plus besoin de tenir. Le monde fait de même. Il inspire, il expire. Depuis toujours. Un arbre seul tient la ligne. Ses racines travaillent dans l'ombre, patientes. Il ne cherche pas à convaincre. Il pousse, simplement. Le vent passe dans ses branches comme une voix ancienne. Elle ne donne pas d'ordres. Elle rappelle. Le chemin n'est pas droit. Il s'efface parfois sous l'herbe, puis revient. La pluie le marque, le soleil le durcit. Chaque pas le redessine. Marcher, c'est accepter cela. Ne pas tout voir, mais avancer quand même. Plus loin, l'eau glisse sur les pierres. Elle n'insiste pas. Elle contourne. Elle trouve toujours une issue. Sa lenteur n'est pas une faiblesse. C'est une forc...

Le temps qui demeure

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  Le temps qui demeure Je te souhaite le temps qui ne presse pas, celui qui s’etire entre deux souffles, quand la lumiere change sans bruit et que la terre continue son ouvrage. Je te souhaite des matins lents, ou l'air est encore frais sur la peau, ou les arbres parlent plus bas et ou rien n'exige d'être autre chose que présent. Je te souhaite le temps de regarder pousser, les saisons, les gestes, les liens. Le temps qui n'accumule pas mais qui approfondit. Je te souhaite des heures inutiles en apparence, celles ou l'on marche sans but, ou l'on écoute l'eau courir, ou l'on apprend à rester. Je te souhaite le temps de douter sans te perdre, de tomber sans te durcir, de comprendre que la lenteur n'est pas un retard mais une forme de fidélite. Je te souhaite le temps de la nature, celui qui ne se mesure pas, qui revient toujours sans rien reclamer. Je te souhaite le temps d'aimer sans calcul, de transmettre sans discours, de laisser une trace discr...

Garder l’essentiel

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  Garder l’essentiel Je ne vois pas la culture comme un empilement de savoirs. Ce n’est pas une course aux dates ni aux noms. Pour moi, elle commence avec le bon sens affûté, la capacité à réfléchir avant de juger, à chercher des preuves plutôt que des certitudes confortables. Elle demande de l’attention et du temps. La culture m’apprend à douter sans me perdre. À accepter de ne pas tout savoir, à reconnaître la complexité des choses, à avancer sans précipitation. Elle m’invite à rester modeste dans mes opinions, à écouter, à attendre parfois, sans renoncer à comprendre. J’essaie de garder l’esprit ouvert mais solide. Ne pas me laisser emporter par le flou, ni par les explications trop nettes qui simplifient à l’excès. Me tenir à distance des excès, des idées rigides, des discours qui prétendent détenir toute la vérité. Je me méfie des certitudes imposées, surtout quand elles se parent de raison ou d’autorité. Mais je ne me laisse pas non plus séduire par les raccourcis faciles. Le...