Ma ligne gaulliste
Ma ligne gaulliste
Ma
ligne politique est celle d’un gaulliste de droite, social et conservateur, souverainiste
et assimilationniste, attaché aux valeurs chrétiennes, à l’autorité de l’État,
au travail, à la justice sociale, à la transmission et au rassemblement des
Français.
Une famille politique qui s’est éloignée de son
héritage
Avec le recul,
je ne considère pas avoir véritablement quitté ma famille politique. Je pense
plutôt qu’une partie des responsables politiques qui se sont réclamés du
gaullisme s’est progressivement éloignée de ce qu’il représentait à mes yeux.
Le gaullisme
que j’ai connu avec mon père, puis au RPR autour de Jacques Chirac, ne se
résumait pas à une étiquette de droite. Il associait plusieurs exigences :
souveraineté nationale, autorité de l’État, indépendance de la France,
rassemblement au-dessus des clans, attention portée au monde du travail et
recherche d’une certaine justice sociale.
Or plusieurs
de ces dimensions se sont progressivement affaiblies.
Sur
l’économie, une partie de la droite issue du gaullisme s’est progressivement
rapprochée du libéralisme économique classique et a laissé au second plan une
dimension importante de la pensée gaullienne : la recherche d’une troisième
voie entre capitalisme et collectivisme, notamment à travers la participation
des salariés aux fruits de l’entreprise et, plus largement, leur association à
sa vie. Je crois à l’entreprise, au travail, à l’initiative et à la création de
richesse, mais je considère également que ceux qui participent à cette création
doivent en recevoir une part juste. C’est sur ce point que je reste attaché à
une conception sociale du gaullisme.
Sur la
souveraineté, une évolution comparable s’est produite. De Gaulle défendait une
Europe des nations dans laquelle les États conserveraient leur souveraineté et
se méfiait d’une construction supranationale susceptible de réduire leur
capacité de décision. Les héritiers du gaullisme se sont ensuite profondément
divisés sur cette question. Une partie d’entre eux a accepté des transferts de
compétences et de souveraineté qui se sont progressivement éloignés de cette
conception initiale d’une France maîtresse de ses choix.
Sur le
rassemblement, j’ai également vu la logique des partis, les ambitions
personnelles et les stratégies électorales prendre une place de plus en plus
importante. À mes yeux, cela a parfois fait perdre de vue une idée essentielle
du gaullisme : gouverner la France ne consiste pas seulement à réunir son
propre camp, mais à chercher à rassembler les Français autour de l’intérêt
national. Je peux comprendre les affrontements politiques ; ils font partie de
la démocratie. Mais ils ne doivent pas devenir une manière permanente de
gouverner en opposant une partie du pays à une autre.
Sur
l’autorité, l’immigration et l’assimilation, j’ai également eu le sentiment que
la droite traditionnelle hésitait de plus en plus à défendre clairement
certaines positions. Elle a progressivement laissé ces questions à d’autres
formations politiques, alors qu’elles sont devenues pour moi des préoccupations
majeures. Je souhaite une immigration beaucoup plus réduite et réellement
maîtrisée. Celui qui vient vivre en France doit respecter ses lois, mais aussi
accepter son histoire, sa langue, sa culture et ses règles communes. Je me
reconnais davantage dans l’assimilation que dans une société organisée autour
de communautés vivant côte à côte.
C’est dans ce
contexte que mes votes ont parfois changé. Ils ne traduisent pas un déplacement
idéologique continu de ma part, encore moins des changements successifs de
famille politique. Il s’agissait de votes de premier tour par lesquels je
voulais manifester mon désaccord avec l’évolution ou les choix de ma propre
famille politique.
J’ai ainsi
voté Jean-Marie Le Pen au premier tour pour exprimer un mécontentement et
envoyer un avertissement. Je trouvais que certaines questions, notamment celles
liées à l’immigration, à l’autorité et à l’ordre, n’étaient pas suffisamment
prises en compte. Cela ne signifiait pas que j’adhérais à l’ensemble de ses
idées ni à sa manière de les exprimer.
Plus tard,
j’ai voté Ségolène Royal au premier tour parce que je ne voulais pas de Nicolas
Sarkozy et que je souhaitais voir autre chose. L’idée qu’une femme puisse
accéder à la présidence de la République m’intéressait également. Ce choix
n’était pas un ralliement à la gauche. C’était un vote de désaccord avec le
candidat proposé par ma propre famille politique et une volonté d’essayer une
autre possibilité.
Plus
récemment, j’ai voté Éric Zemmour au premier tour parce qu’il abordait
directement des questions que je jugeais devenues essentielles : l’immigration,
l’assimilation, l’identité française, l’autorité et la continuité historique de
la France. Cette fois, ma proximité a été plus loin puisque j’ai adhéré à son
mouvement. Mais je n’ai pas renouvelé cette adhésion. Je l’ai trouvé trop
tranchant et surtout insuffisamment capable de réaliser ce que j’attends
également d’un responsable national : rassembler les Français. Je peux partager
une partie de son diagnostic sans partager sa méthode.
Ces votes de
premier tour étaient donc des votes de désaccord, d’avertissement ou de
recherche d’une autre réponse. Ils n’ont jamais signifié que j’abandonnais mon
socle gaulliste.
Je considère
donc aujourd’hui que mon parcours n’est pas celui d’un homme ayant abandonné le
gaullisme pour rejoindre successivement d’autres familles politiques.
C’est plutôt
celui d’un gaulliste qui a vu sa propre famille politique se transformer. Ces
transformations ont eu des causes diverses : adaptation aux circonstances,
évolutions doctrinales, contraintes électorales, mais aussi parfois, selon moi,
calcul politique, opportunisme ou ambition personnelle. J’ai alors cherché
ailleurs certains éléments du gaullisme que je ne retrouvais plus suffisamment
chez ceux qui prétendaient en être les héritiers.
Cela explique
ma situation actuelle : je reconnais chez plusieurs responsables politiques une
partie de mes convictions, mais rarement l’ensemble.
Chez Bruno
Retailleau, je retrouve principalement la fermeté régalienne, l’autorité, la
responsabilité, la famille et la volonté de réduire fortement l’immigration. Il
est probablement, parmi les responsables politiques actuels de premier plan,
l’un de ceux dont plusieurs positions se rapprochent le plus des miennes. Je
reste toutefois plus attaché que lui à une conception sociale du gaullisme et à
l’idée que l’État doit également garantir une certaine justice dans le partage
des fruits du travail.
Chez Philippe
Séguin, je retrouve la souveraineté, l’attention portée au peuple, la justice
sociale et le refus qu’une droite se réduise au libéralisme économique. Il
représente pour moi une dimension importante du gaullisme : l’économie doit
servir la nation et le peuple, non l’inverse.
Chez Éric
Zemmour, je retrouve une partie du diagnostic sur l’immigration,
l’assimilation, la perte de certains repères et la continuité culturelle de la
France. Mais je ne me reconnais pas dans une politique trop clivante. À mes
yeux, avoir raison sur certains constats ne suffit pas pour gouverner. Il faut
également être capable de réunir les Français autour d’une direction commune.
Chez Jacques
Chirac, je retrouve une part importante de ma filiation politique vécue. Il
incarnait pour moi une droite issue du gaullisme, capable de parler à des
milieux sociaux différents et soucieuse de rassembler au-delà de son propre
électorat. Je n’ai pas nécessairement approuvé toutes ses décisions, mais j’ai
voté pour lui avec constance parce que je me reconnaissais dans cette famille
politique.
Chez de
Gaulle, enfin, demeure le cadre général : la France, l’État, l’indépendance, la
souveraineté, l’autorité, la responsabilité, une certaine conception sociale
et, surtout, l’unité nationale.
Mon
conservatisme s’inscrit également dans cette continuité. Je suis chrétien et
attaché aux racines historiques de la France, notamment à son héritage grec,
romain et chrétien. Je considère que la transmission, la famille, la langue,
l’histoire et les règles communes ont une valeur. Cela ne signifie pas vouloir
immobiliser la société ni imposer ma foi aux autres. Je suis tolérant envers
les personnes et leurs choix privés, mais je considère que cette tolérance doit
s’accompagner du respect d’un cadre collectif.
Je suis
également profondément social. Je refuse le communisme parce que son
application historique a trop souvent conduit à supprimer les libertés,
l’initiative et finalement à échouer envers le peuple qu’il prétendait
défendre. Mais je ne me reconnais pas davantage dans un capitalisme sans
contrepoids, où une partie du peuple produit la richesse sans recevoir
suffisamment les fruits de cette prospérité.
Je crois à
l’entreprise et au travail. Je crois à la responsabilité individuelle. Mais je
crois également à la justice sociale. L’État doit protéger les plus faibles,
particulièrement les enfants et ceux qui connaissent de véritables accidents de
la vie. Il doit éduquer, former, soigner et permettre à chacun de progresser.
Cette solidarité ne doit toutefois pas devenir une dépendance permanente :
aider quelqu’un doit autant que possible lui permettre de retrouver son
autonomie.
C’est aussi ce
qui me distingue d’une droite uniquement libérale comme d’une gauche
collectiviste. Je recherche un équilibre entre liberté et responsabilité,
entreprise et justice sociale, autorité et protection, droits et devoirs.
Ainsi, ma
difficulté actuelle n’est peut-être pas de savoir quelle est ma famille
politique.
Ma famille
politique reste le gaullisme. Je ne considère pas l’avoir quitté ; je considère
plutôt qu’une partie de ceux qui en ont hérité s’en sont progressivement
éloignés.
Je me situe
aujourd’hui dans une droite gaulliste, sociale, conservatrice et nationale. Je
veux une France souveraine, un État respecté, une immigration fortement
maîtrisée, une véritable assimilation, une autorité qui fasse appliquer les
règles, mais aussi une société qui protège les faibles, valorise le travail et
permette à ceux qui créent la richesse d’en recevoir une part juste.
Je ne veux ni
mollesse ni radicalité, ni immobilisme ni ultralibéralisme, ni assistanat ni
abandon des faibles, ni communautarisme ni division permanente du pays.
Ce qui me
manque aujourd’hui est surtout une personnalité capable de réunir de nouveau
les différentes dimensions du gaullisme : la souveraineté et l’autorité de de
Gaulle, le rassemblement de Chirac, la sensibilité sociale et populaire de
Séguin, une fermeté réelle sur l’immigration et l’assimilation, mais sans
sacrifier l’unité nationale aux stratégies électorales, aux modes idéologiques
ou aux ambitions personnelles.
Je n’ai donc
pas passé ma vie à changer de camp. J’ai surtout cherché, lorsque ma famille
politique ne me représentait plus suffisamment, à manifester mon désaccord au
premier tour et à retrouver ailleurs certaines idées auxquelles je restais
attaché.
Le fil, lui,
n’a pas changé : la France, la souveraineté, l’autorité, la justice sociale, la
transmission et le rassemblement.
Le plus proche de ma sensibilité
politique, tout en restant différent sur certains points, est aujourd’hui Bruno
Retailleau ; mais, sur le plan des idées, c’est surtout Julien Aubert et son
mouvement « Oser la France » qui se rapprochent le plus de ma conception du
gaullisme.
