Le GMR - Limagne - 1944
Le cadre historique du ralliement
Ce chapitre
rassemble les éléments historiques permettant de replacer le parcours de Jean
dans celui du GMR « Limagne », des forces de la Résistance en Auvergne et des
unités progressivement intégrées à la Première Armée française. Il présente le
cadre collectif dans lequel son engagement s’inscrivit. Le chapitre suivant
reviendra sur son histoire personnelle, son témoignage et les décisions qu’il
prit au cours de cette période.
Le GMR « Limagne » en 1944
Les Groupes
mobiles de réserve étaient des unités de police paramilitaires créées par le
régime de Vichy pour assurer le maintien de l’ordre. Leur histoire demeure
marquée par une profonde ambiguïté : plusieurs d’entre eux participèrent à des
opérations de répression contre la Résistance avant que certains de leurs
membres ou des unités presque entières ne rejoignent les forces de la
Libération au cours de l’été 1944.
La formation du nouveau GMR « Limagne »
Le 1er
septembre 1943, le premier GMR « Limagne » fut dissous. Le GMR « Bellerive »
prit alors l'appellation de GMR « Limagne ». L'unité que Jean rejoignit
le 23 mai 1944 était donc l'ancien GMR « Bellerive », simplement renommé
quelques mois auparavant.
Lors de cette
réorganisation, le peloton motocycliste de l'ancien GMR « Limagne » fut
regroupé avec le peloton ministériel à cheval pour constituer le GMR mixte
ministériel. Cette nouvelle formation disposait d'un effectif théorique de 217
hommes, chiffre qui ne concernait pas le GMR « Limagne » dans lequel Jean
servit en 1944.
Le nouveau GMR
« Limagne », issu de l'ancien GMR « Bellerive », était principalement cantonné
au camp des Calabres, près de l'hippodrome de Vichy, tout en disposant
d'installations à Riom et à Clermont-Ferrand.
Comme les
autres GMR, son effectif théorique avoisinait les deux cents hommes. Son
organisation comprenait un peloton de commandement et de services, plusieurs
pelotons de ligne ainsi qu'un peloton motocycliste. Le peloton de commandement
regroupait notamment les transmissions, le service de santé, l'administration,
les armuriers, les cuisines et l'intendance. Les pelotons de ligne étaient
destinés aux opérations de maintien de l'ordre, tandis que le peloton
motocycliste assurait les reconnaissances, les liaisons et les déplacements
rapides.
L'armement du
groupe comprenait principalement des fusils Lebel, des mousquetons Berthier,
des pistolets automatiques et des fusils-mitrailleurs MAC 24/29. Le peloton
motocycliste utilisait notamment des motocyclettes et des side-cars René Gillet
ou Terrot.
Au printemps
1944, le GMR « Limagne » subit, comme l'ensemble des Groupes mobiles de
réserve, la pression exercée par Joseph Darnand, secrétaire général au Maintien
de l'ordre. L'unité demeurait toutefois traversée par des sensibilités
diverses. Certains policiers restaient fidèles aux autorités de Vichy, tandis
que d'autres transmettaient discrètement des renseignements à la Résistance,
préparaient leur départ ou envisageaient de rejoindre les maquis.
Source :
Maurice Sarazin, La Vie d'un Groupe mobile de réserve : le GMR Limagne.
L’arrestation de Lucien Païs et Roger Largier
Le 7 juin
1944, Lucien Païs et Roger Largier, deux membres du GMR « Limagne »,
cherchèrent à rejoindre un maquis avec leurs armes et leurs munitions. Ils
furent interceptés en gare de Vichy par un brigadier de leur propre groupe.
Lucien Païs
parvint d’abord à s’échapper en prenant le train en marche, mais il fut repris
le lendemain à Clermont-Ferrand. Interné, livré aux Allemands puis déporté à
Buchenwald, il mourut en janvier 1945. Cette tentative de départ montre que,
plusieurs semaines avant le ralliement collectif, certains membres du groupe
avaient déjà choisi de rompre avec le régime de Vichy.
Le Limagne face aux maquis
Le maquis Danielle-Casanova
Le maquis FTP
« Danielle-Casanova », baptisé en hommage à la résistante communiste morte à
Auschwitz, avait participé à un défilé patriotique organisé le 14 juillet 1944
dans plusieurs localités du secteur, notamment à Souvigny. Cette manifestation
publique attira rapidement l’attention des forces allemandes et des services de
répression de Vichy.
Le 16 juillet,
les maquisards furent délogés de leur camp de Meillard par une première attaque
allemande. Une cinquantaine d’hommes se replièrent pendant la nuit vers le nord
et trouvèrent refuge dans les bois du château de Bost, sur la commune de Besson.
Le mardi 18
juillet 1944, les forces de répression localisèrent leur nouveau camp. Des
miliciens de la Franc-Garde et des membres des GMR opérant dans la région,
parmi lesquels le « Limagne » et le « Guyenne », prirent part à l’opération.
Ils encerclèrent et attaquèrent les maquisards dissimulés dans les bois de
Bost.
Le même matin,
une autre intervention fut conduite contre la ferme de Villars, à Meillers, où
avait séjourné un autre groupe de résistants, le maquis Villechenon. Les
principaux responsables du maquis Danielle-Casanova et une partie de leurs
hommes réussirent à se dégager à travers champs grâce à leur connaissance du
terrain. Plusieurs résistants, cultivateurs et soutiens locaux furent cependant
arrêtés, parmi lesquels les frères Joseph et Jean Lafay, agriculteurs à
Villars, Jean Marcus, mineur, Antonio Zunino, bûcheron, et René Rondet.
Cette attaque
constitue l’une des pages sombres de l’histoire du GMR « Limagne ». Elle
précéda de quelques semaines seulement le ralliement collectif de la majorité
de ses hommes à la Résistance.
La place de Jean dans le groupe
Le GMR «
Limagne » ne fut pas engagé au complet dans l’opération du 18 juillet 1944. Une
unité d’environ deux cents hommes devait conserver au cantonnement une partie
de son effectif afin d’assurer le commandement, les transmissions, le service
de santé, l’administration, l’entretien des armes, les gardes, les cuisines et
le ravitaillement.
Jean était
affecté comme aide aux cuisines pendant les trois mois qu’il passa au camp des
Calabres. Il appartenait aux équipes indispensables au fonctionnement quotidien
du cantonnement. Il prenait également part aux gardes, aux marches, aux
entraînements et aux différentes tâches de service intérieur.
Jean m’avait
affirmé ne pas avoir participé à l’opération conduite contre le maquis
Danielle-Casanova. Son témoignage correspond à la répartition des fonctions au
sein du groupe : tous les hommes n’étaient pas engagés simultanément dans les
sorties opérationnelles, une partie du personnel demeurant nécessairement au
camp.
Le GMR «
Limagne » ne doit pas être confondu avec le GMR « Bourbonnais », également
présent dans la région de Vichy. Ce dernier participa à des opérations dans les
Bois Noirs et intervint à Riom, le 17 juin 1944, pour empêcher une évasion de
la prison. Ces opérations furent celles du « Bourbonnais » et non du groupe
auquel Jean appartenait.
L’appartenance
de Jean au GMR « Limagne » fait partie de son parcours, tout comme l’histoire
générale de cette unité. Il convient cependant de distinguer les opérations
auxquelles certains éléments du groupe participèrent des fonctions que Jean
exerça personnellement pendant cette période.
Marcel Colliou, le « commandant Roussel »
Marcel
Colliou, connu dans la clandestinité sous le nom de « commandant Roussel »,
naquit à Brest en 1897. Officier supérieur de l’armée française et figure
importante de la Résistance en Auvergne, il joua un rôle déterminant dans le
regroupement des forces de l’Allier et dans la reconstitution du 152e régiment
d’infanterie à la Libération.
Un soldat des deux guerres mondiales
Marcel Colliou
devança l’appel et s’engagea dans l’infanterie en 1915. Il combattit notamment
à Verdun et sur l’Aisne. À la fin de la Première Guerre mondiale, alors qu’il
n’avait que vingt et un ans, il était titulaire de la Croix de guerre et avait
reçu quatre citations.
Au début de la
Seconde Guerre mondiale, il commandait le IIIe bataillon du 152e régiment
d’infanterie, stationné à Lapalisse, dans l’Allier. Lorsque les troupes
allemandes envahirent la zone libre en novembre 1942, l’armée d’Armistice fut
dissoute.
L’entrée dans la clandestinité
Refusant la
défaite et l’occupation, Marcel Colliou reçut secrètement le commandement
clandestin du 152e régiment d’infanterie. Visé par un mandat d’arrêt allemand
le 1er mars 1943, il entra dans la clandestinité et adopta le pseudonyme de «
Roussel ».
Il prit la
tête de l’Organisation de Résistance de l’Armée dans le département de
l’Allier. Caché dans le secteur d’Arfeuilles, notamment au hameau des Archers,
il recruta et organisa les maquis locaux. Il mit également en place des groupes
francs chargés de conduire des sabotages contre les voies ferrées, les
transports et les dépôts de munitions utilisés par l’occupant.
À l’été 1944,
les forces clandestines placées sous son autorité formèrent le « groupement
Roussel », également appelé demi-brigade Colliou. Cette formation accueillit
des maquisards, des volontaires et des membres des forces de l’ordre ayant
rompu avec le régime de Vichy.
L’ORA, une résistance militaire
L’Organisation
de Résistance de l’Armée, ou ORA, se distinguait des autres mouvements de
Résistance par son recrutement et sa doctrine. Créée après la dissolution de
l’armée d’Armistice, en novembre 1942, elle regroupait principalement des
officiers et des sous-officiers d’active qui refusaient de renoncer au combat.
L’ORA se
présentait comme une organisation apolitique dont l’objectif était militaire :
dissimuler des armes, encadrer les jeunes réfractaires au Service du travail
obligatoire et constituer des unités capables d’intervenir au moment du
débarquement et de la Libération.
La présence
d’officiers de carrière et l’existence d’une hiérarchie clairement établie
facilitaient l’intégration d’hommes déjà formés à la discipline collective.
Pour les anciens policiers mobiles du GMR « Limagne », rejoindre les forces de
Colliou signifiait retrouver un commandement militaire organisé et préparer
leur passage vers l’armée régulière.
Le ralliement du GMR « Limagne »
À l’approche
de la Libération, la situation du groupe changea rapidement. En août 1944,
environ cent quatre-vingts hommes quittèrent leur cantonnement avec une grande
partie de leur équipement et de leur armement pour rejoindre les forces de la
Résistance.
Le groupe
conserva son encadrement, ses pelotons et ses habitudes de fonctionnement.
L’arrivée d’une unité déjà constituée, armée, équipée et entraînée représentait
un renfort important pour les FFI de l’Allier.
Les sources
retrouvées indiquent deux dates. Le 24 ou 22 août 1944 correspond au départ du
GMR « Limagne » de Bellerive-sur-Allier vers Montluçon.
À partir de ce
moment, les anciens policiers portèrent le brassard FFI afin de marquer leur
appartenance aux forces de la Résistance et d’éviter toute confusion avec les
unités demeurées au service de Vichy. Ils conservaient encore leur uniforme
bleu marine, proche de celui d’autres forces de maintien de l’ordre, ce qui
rendait cette identification nécessaire.
Journal de marche
Le Journal de marche et d'opérations du
Groupe Didier des FFI de l'Allier (SHD, AS/ORA, GR 19 P 3/6) mentionne qu'une compagnie de garde
commandée par le capitaine Larousse, accompagnée d'un peloton motocycliste de
trente hommes, rallia le maquis le 22 août 1944 avec son matériel et son
armement.
L'examen de l'ensemble du dossier montre,
qu'aucun autre ralliement d'une unité de cette nature n'est enregistré à cette
date. Croisée avec la réorganisation des GMR décrite par Maurice Sarazin, cette
source permet d'identifier cette formation comme étant la compagnie de garde et le
peloton motocycliste du GMR Limagne, auquel appartenait Jean.
Les campagnes de l’Allier et du Centre
Les combats de Montluçon
La libération
de Montluçon commença le 19 août 1944. Les forces de la Résistance encerclèrent
les troupes allemandes retranchées dans la caserne Richemont. Le 24 août, alors
que la garnison était menacée, une colonne allemande arriva par la route de
Limoges pour tenter de briser l’encerclement.
Cette colonne
comprenait le deuxième bataillon du SS-Polizei-Regiment 19, fort de plusieurs
centaines d’hommes. Des combats eurent lieu autour de Quinssaines et sur les
barrages établis aux abords de la ville. Malgré la résistance des FFI, les
Allemands parvinrent à rejoindre la caserne et à permettre l’évacuation d’une
partie de la garnison. Montluçon fut néanmoins libérée le soir même.
Le ralliement
du GMR « Limagne » s’inscrivit dans ces journées. Ses hommes rejoignirent les
formations combattantes et participèrent aux opérations menées aux côtés des
FFI.
Moulins et la poursuite des colonnes allemandes
Au début du
mois de septembre, les forces placées sous les ordres de Colliou participèrent
à la libération de Moulins et aux opérations destinées à ralentir les troupes
allemandes qui cherchaient à gagner l’est.
Les routes,
les voies ferrées et les points de passage furent surveillés ou sabotés. Les
résistants harcelèrent les convois et cherchèrent à empêcher leur regroupement.
Dans le Forez et le Centre, ces actions contribuèrent également à gêner la
progression de la colonne Elster.
Les combats de Lapalisse
Située sur la
route nationale 7, Lapalisse constituait un passage stratégique pour les unités
allemandes venant du Sud-Ouest et du Centre. Cet axe leur permettait de
poursuivre leur retraite vers l’est de la France.
À partir du
mois d’août 1944, les forces du groupement Colliou multiplièrent les sabotages
et les embuscades dans le secteur. Elles coupèrent des lignes de communication,
endommagèrent des ponts et harcelèrent les convois avec leurs armes, notamment
les fusils-mitrailleurs MAC 24/29 apportés par les unités ralliées.
Les maquisards
se postaient à proximité des routes et des points de passage afin d’intervenir
contre les véhicules ennemis. Ces attaques contraignaient les colonnes
allemandes à ralentir, à renforcer leur protection ou à chercher d’autres
itinéraires.
Au début du
mois de septembre, les dernières unités allemandes tentèrent de forcer le
passage pour quitter l’Auvergne. Les forces de Colliou, appuyées par les
pelotons mobiles et les motocyclistes du GMR « Limagne », participèrent aux
opérations menées autour de Lapalisse. Face à la pression des FFI de l’Allier,
les Allemands quittèrent finalement le secteur.
La libération
de Lapalisse et de Moulins permit aux formations rassemblées sous l’autorité de
Colliou de poursuivre leur mouvement vers l’est.
L’intégration dans l’armée régulière
L’intégration
du GMR « Limagne » aux forces combattantes s’effectua sous l’autorité du
lieutenant-colonel Colliou. Les anciens policiers passèrent progressivement
d’une organisation de maintien de l’ordre à une structure d’infanterie
régulière.
La compagnie Genouillac
Les quelque
cent quatre-vingts hommes du GMR « Limagne » formèrent le noyau combattant de
la compagnie Genouillac, placée sous les ordres du capitaine de Genouillac.
Cette
compagnie regroupait des hommes déjà habitués à vivre et à se déplacer en
unité. Leur formation, leur discipline et leur équipement permettaient de les
engager rapidement dans les opérations militaires.
Le bataillon Thiollet
La compagnie
Genouillac fut intégrée au bataillon Thiollet, formation destinée à regrouper
principalement les anciens membres des GMR ralliés, notamment ceux des groupes
« Limagne » et « Guyenne ».
Le bataillon
Thiollet formait le IIIe bataillon de marche du groupement placé sous
l’autorité de Colliou. Il constituait l’échelon intermédiaire entre les
anciennes formations de police ralliées et leur intégration dans un régiment
d’infanterie.
Le 152e régiment d’infanterie et la chaîne complète de commandement
La demi-brigade Colliou, également appelée
groupement Roussel, devint le III/Auvergne, puis le III/152e régiment
d’infanterie. Le 21 novembre 1944, le Gouvernement provisoire autorisa
officiellement Marcel Colliou à rendre à son groupement le nom du 152e régiment
d’infanterie. Ce régiment historique, dissous sous Vichy en 1942, était ainsi
recréé à partir des forces de la Résistance et des unités ralliées. Il était
surnommé le « Régiment d’Auvergne » ou les « Diables rouges ».
Pour encadrer les quelque cent quatre-vingts hommes issus du GMR « Limagne », les responsables conservèrent une organisation inférieure hiérarchisée, calquée sur le modèle militaire. Cette chaîne de commandement allait de la Première Armée française jusqu’aux gardes et aux équipes chargées des services. Elle permet de situer Jean Carton dans le peloton hors-rang, comme aide aux cuisines.
Les chefs de peloton
Sous les ordres des commandants Vernay et
Sardaine, le GMR « Limagne » était divisé en quatre pelotons. Ceux-ci étaient
placés sous l’autorité d’officiers de police dont les fonctions correspondaient
à celles d’un lieutenant dans l’armée.
Parmi les cadres identifiés figuraient :
- le
lieutenant Joseph Le Vay, l’un des officiers importants du groupe, qui
conduisit ses hommes lors du ralliement et poursuivit sa carrière après la
guerre ;
- Pierre
Agliany, officier de paix et chef de peloton ;
- Albert
Wilheim, officier de paix et chef de peloton.
Ces officiers recevaient les instructions du
commandement du groupe, les transmettaient aux brigadiers-chefs et veillaient à
leur exécution dans les différents pelotons.
Le peloton
hors-rang
Le personnel chargé des cuisines, du
ravitaillement, des transports, des transmissions, de l’administration et du
service médical était regroupé dans le peloton de commandement et de services,
également appelé peloton hors-rang.
Ce peloton était dirigé par un adjudant ou un
brigadier-chef chargé de l’intendance. Sous son autorité étaient organisés les
travaux quotidiens, les tours de garde, les transports et la gestion des
réserves. C’est dans cette organisation que Jean recevait ses consignes pour le
service des cuisines et les autres tâches qui lui étaient confiées au camp.
Le responsable du peloton répartissait les hommes
entre les différentes fonctions, organisait les équipes et contrôlait les
stocks de nourriture nécessaires au fonctionnement du groupe. Il transmettait
également les ordres concernant les gardes de la caserne et les corvées.
Les brigadiers
et les brigadiers-chefs
Au plus près des hommes se trouvaient les
brigadiers et les brigadiers-chefs. Les GMR employaient les grades de la
Police, mais leur fonction se rapprochait de celle des sous-officiers de
l’armée.
Les brigadiers-chefs, équivalents des
sergents-chefs, commandaient les sections de combat ou dirigeaient certains
services de la caserne. Ils recevaient leurs instructions des officiers et
surveillaient leur application.
Les brigadiers, dont les fonctions
correspondaient à celles des sergents, encadraient directement les chambrées,
les équipes de garde et les groupes chargés des corvées. Dans le cas de Jean,
un brigadier supervisait donc l’équipe des cuisines et lui transmettait les
tâches quotidiennes.
L’organisation
après le ralliement aux FFI
Lorsque le GMR « Limagne » rejoignit les forces
placées sous les ordres de Marcel Colliou, cette structure de proximité demeura
en place. Les officiers, les brigadiers-chefs et les brigadiers continuèrent à
encadrer les mêmes hommes. Le maintien de cette organisation permit au groupe
d’être engagé rapidement sans devoir reconstituer entièrement sa hiérarchie.
Le peloton chargé des cuisines, de l’intendance
et des services, auquel appartenait Jean, fut intégré à la compagnie Genouillac
sous la forme d’un peloton de commandement et de ravitaillement, ou PCR. Cette
unité logistique devait assurer la préparation de la nourriture, le transport
des vivres, le ravitaillement et l’acheminement des munitions nécessaires aux
autres pelotons de la compagnie pendant les opérations de Montluçon et de
Lapalisse.
Jean ne se trouvait donc pas en dehors de
l’organisation combattante. Son affectation aux cuisines appartenait au
dispositif logistique qui permettait à la compagnie de se déplacer et de
poursuivre ses opérations. Les missions différaient de celles des pelotons de
ligne, mais elles demeuraient intégrées à la même chaîne de commandement.
La progression
par la Bourgogne
Après les opérations menées dans l’Allier et le
Centre, les unités ralliées quittèrent progressivement l’Auvergne. Elles
suivirent les forces allemandes en retraite par Digoin, la Bourgogne et la
vallée du Doubs.
Pendant cette progression, les groupes venus de
la Résistance, des GMR et d’autres formations furent réorganisés afin de
constituer des unités capables de combattre dans le cadre de la Première Armée
française.
La campagne
des Vosges
À l’automne 1944, le bataillon Thiollet fut
engagé dans la campagne des Vosges, notamment aux côtés du 1er régiment de
chasseurs parachutistes. Les hommes affrontèrent le froid, le relief et une
résistance allemande solidement organisée.
Les combats se déroulèrent dans les forêts, les
cols et les positions aménagées en montagne. Les unités devaient progresser sur
des terrains difficiles, sous la pluie puis la neige, afin d’ouvrir la route de
l’Alsace.
La campagne
d’Alsace
Après les Vosges, le régiment descendit dans la
plaine d’Alsace. En novembre et décembre 1944, il fut inspecté par le général
de Lattre de Tassigny à proximité de la frontière suisse, avant d’être engagé
dans le Haut-Rhin et les opérations liées à la poche de Colmar.
Pendant l’hiver 1944-1945, l’offensive allemande
Nordwind fit peser une nouvelle menace sur Strasbourg. Le 152e régiment
d’infanterie du colonel Colliou fut rattaché à la 14e division d’infanterie et
déployé au nord de la ville.
La mission du régiment consistait à interdire
l’accès nord de Strasbourg et à empêcher les troupes allemandes de reprendre la
ville. La tête de pont de Gambsheim et les secteurs de Hoerdt et Weyersheim
représentaient des points particulièrement sensibles.
Les hommes furent engagés dans une guerre de
positions sous la neige et dans un froid intense. Ils devaient surveiller les
mouvements ennemis, repérer les infiltrations et résister aux tirs d’artillerie
et de mortier. Leur expérience des contrôles routiers et des déplacements
rapides pouvait également être utilisée pour surveiller les axes, les ponts et
les arrières immédiats du front.
Pendant les combats de janvier et février 1945,
les unités ne disposaient pas toujours de casernes traditionnelles. À Hoerdt,
les hommes occupaient des tranchées, des abris de fortune, des caves, des
maisons et des fermes réquisitionnées afin de se protéger des bombardements.
Le commandement logistique et les dépôts du
régiment étaient installés plus au sud. Lorsque le front se stabilisa en
février, le 152e RI put utiliser de plus grandes emprises militaires pour se
réorganiser. Colmar, libérée le 2 février, devait ensuite devenir sa garnison
historique, notamment avec son installation au quartier Molitor.
Le 10 février 1945, au cours d’une prise d’armes
organisée sur la place d’Armes de Colmar, le général de Gaulle remit
officiellement le drapeau du régiment à Marcel Colliou en déclarant :
« Colonel Colliou, au nom de la France, je vous
remets le drapeau du 152e Régiment d’Infanterie. »
Après la guerre, Marcel Colliou fut nommé général
de brigade. Il termina sa carrière comme commandant d’armes délégué de la place
de Paris et mourut en 1963. Ses jumelles, ses insignes et son porte-documents
de campagne sont aujourd’hui conservés au Musée Mémorial des combats de la
poche de Colmar.
De l’uniforme du GMR à la tenue de l’armée régulière
L’évolution de la tenue portée par Jean entre son
départ d’Auvergne et son engagement à Strasbourg rend visible son passage du
GMR aux FFI, puis à l’armée régulière. À la fin de l’année 1944, l’intendance
française ne disposait pas encore d’équipements homogènes. Les hommes durent
composer avec des vêtements provenant de l’ancienne armée française et des
livraisons alliées.
La tenue du
GMR en Auvergne
Au moment du ralliement, Jean portait encore la
tenue réglementaire avec laquelle le GMR « Limagne » avait quitté
Bellerive-sur-Allier :
- une
vareuse et un pantalon en drap de laine bleu marine ou bleu nuit ;
- un
blouson court en toile ou en cuir sombre pour certains déplacements et les
missions à motocyclette ;
- un large
béret de laine bleu marine porté rabattu sur le côté ;
- un
brassard FFI tricolore fixé sur le bras gauche.
Ce brassard, marqué de la croix de Lorraine ou du
cachet du groupement de Colliou, permettait d’identifier les hommes ralliés et
d’éviter qu’ils soient confondus avec les forces demeurées au service de Vichy.
La transition
en Lorraine
À l’automne 1944, lorsque Jean rejoignit la
Lorraine pour intégrer le bataillon de marche 3/20, l’unité manquait
d’uniformes neufs. Les hommes reçurent des vestes et des pantalons kaki ou vert
foncé provenant des stocks de l’ancienne armée d’Armistice.
Des effets américains apparurent progressivement
: veste de combat M41 en toile beige ou vert olive, chemise de laine de couleur
moutarde, chaussures en cuir retourné et guêtres en toile. Selon les
distributions, les tenues associaient encore des pièces françaises et
américaines.
L’équipement
d’hiver en Alsace
À Strasbourg, pendant l’hiver 1944-1945, Jean
portait désormais la tenue d’un soldat intégré aux forces régulières. Le béret
ou le calot céda la place au casque américain M1, parfois muni d’un filet de
camouflage. Certains soldats peignaient un petit drapeau français sur leur
casque.
Pour résister au froid, les hommes portaient une
lourde capote de laine française ou américaine, des écharpes et des gants. Le brassard
FFI disparut avec l’intégration dans l’armée régulière et fut remplacé par les
insignes correspondant à la nouvelle affectation, notamment ceux de la 20e
région militaire ou de la Première Armée française.
Jean passa ainsi de la silhouette bleu sombre du
policier rallié d’Auvergne à celle, kaki et plus proche de l’équipement allié,
du soldat engagé sur le front d’Alsace.
L’armement du bataillon de marche 3/20 en Alsace
Les armes distribuées à Jean et à ses camarades
du bataillon de marche 3/20 à Strasbourg marquèrent une nouvelle étape dans la
modernisation de leur équipement. Pour tenir la ligne du Rhin sous les ordres
du chef d’escadrons Hurstel, le bataillon reçut du matériel français, américain
et britannique.
L’armement
individuel
La carabine américaine US M1, légère et
semi-automatique, utilisait une munition de calibre .30 Carbine. Maniable, elle
convenait aux sous-officiers, aux estafettes, aux agents de liaison et aux
hommes chargés des patrouilles ou de la surveillance des ponts.
Selon les disponibilités de l’intendance, des
soldats reçurent également le fusil américain Springfield M1903 ou le MAS 36
français de calibre 7,5 mm. Ces armes à verrou étaient destinées aux hommes
employés comme fantassins de ligne.
Les
pistolets-mitrailleurs
Pour les combats rapprochés, les patrouilles et
la garde des casernes, notamment la caserne Stirn à Strasbourg, les hommes
disposaient de pistolets-mitrailleurs Sten britanniques ou Thompson américains.
Ces armes automatiques, efficaces à courte
distance, pouvaient être employées pour surveiller les rues, les bâtiments
militaires et les positions menacées par des infiltrations nocturnes.
L’armement
collectif
Le bataillon Hurstel disposait également de
fusils-mitrailleurs Bren britanniques et MAC 24/29 français. Ces armes
pouvaient être installées dans des casemates, des abris ou des positions
aménagées afin de couvrir les routes et les berges du Rhin.
Des mortiers légers et des mitrailleuses Browning
de calibre .30 complétaient cet équipement. Ils permettaient de renforcer les
positions établies entre La Wantzenau et le Stockfeld et de répondre aux tirs
provenant de la rive opposée, notamment du secteur de Kehl.
C’est avec cet armement mêlant des matériels
français, américains et britanniques que Jean tint le front d’Alsace. En
février 1945, son unité entra dans une nouvelle phase de son organisation en
contribuant à la reconstitution du 3e régiment de hussards.
Les informations retraçant le parcours du GMR «
Limagne », son intégration sous les ordres de Marcel Colliou et le cadre
militaire dans lequel s’inscrit le parcours de Jean reposent sur des travaux
historiques, des bases officielles et des fonds d’archives.
Ouvrages
historiques
- Maurice
Sarazin, La vie d’un Groupe Mobile de Réserve : le GMR Limagne
(1941-1944). Cet ouvrage apporte des renseignements sur les effectifs
du groupe, le passage de l’appellation « Bellerive » à « Limagne », le
camp des Calabres et les combats de Montluçon.
- Général
Jean de Lattre de Tassigny, Histoire de la Première Armée française —
Rhin et Danube, Éditions Plon. Cet ouvrage permet de replacer les
unités issues de la Résistance dans le processus d’amalgame de l’automne
1944 et dans les opérations conduites en Alsace.
Sites et bases
accessibles en ligne
- Le site consacré à l’histoire des polices mobiles, qui
rassemble des renseignements, des photographies et des extraits de
documents concernant le GMR « Limagne ».
- L’Association
nationale des anciens combattants et amis de la Résistance de l’Allier,
pour les éléments concernant le maquis Danielle-Casanova, son repli dans
les bois de Bost et l’opération du 18 juillet 1944.
- Mémoire des Hommes, portail officiel du ministère des Armées
donnant accès à la base des titres, homologations et services pour faits
de Résistance.
- L’ordre de bataille de la Première Armée française, qui
mentionne la demi-brigade Colliou, le III/Auvergne, le III/152e RI, le
bataillon Thiollet et la compagnie Genouillac.
- L’historique
du 152e régiment d’infanterie, retraçant sa reconstitution sous les ordres
de Marcel Colliou et son parcours vers les Vosges et l’Alsace.
Service
historique de la Défense, à Vincennes
- Sous-série
GR 16 P : dossiers individuels d’homologation au titre de la Résistance et
des FFI ;
- série 11
P : archives centrales du Secrétariat général à la Police de Vichy,
dossiers relatifs aux GMR et aux désertions d’août 1944 ;
- série 34
N : journaux des marches et opérations et registres de contrôle des unités
de la Première Armée française ;
- archives
du 152e régiment d’infanterie, du bataillon Thiollet et de la compagnie
Genouillac ;
- archives
du bataillon de marche 3/20.
Archives
départementales de l’Allier
- fonds du
cabinet du préfet pour l’année 1944 ;
- archives
du Comité départemental de Libération ;
- dossiers
relatifs aux GMR, au ralliement des policiers et aux combats de la
Libération ;
- éventuels
états nominatifs des policiers ayant rejoint les forces combattantes.
Archives
départementales du Puy-de-Dôme
- archives
de l’Intendance régionale de police ;
- dossiers
relatifs au cantonnement et au fonctionnement du GMR « Limagne » ;
- documents
concernant les implantations de Riom et de Clermont-Ferrand.
Archives
départementales de Meurthe-et-Moselle
- registre
matricule militaire de Jean Carton ;
- feuillet
nominatif retraçant ses affectations et ses états de service ;
- registres
correspondant à son recrutement dans la subdivision de Nancy.
