Le GMR - Limagne - 1944

 


Le cadre historique du ralliement

Ce chapitre rassemble les éléments historiques permettant de replacer le parcours de Jean dans celui du GMR « Limagne », des forces de la Résistance en Auvergne et des unités progressivement intégrées à la Première Armée française. Il présente le cadre collectif dans lequel son engagement s’inscrivit. Le chapitre suivant reviendra sur son histoire personnelle, son témoignage et les décisions qu’il prit au cours de cette période.

Le GMR « Limagne » en 1944

Les Groupes mobiles de réserve étaient des unités de police paramilitaires créées par le régime de Vichy pour assurer le maintien de l’ordre. Leur histoire demeure marquée par une profonde ambiguïté : plusieurs d’entre eux participèrent à des opérations de répression contre la Résistance avant que certains de leurs membres ou des unités presque entières ne rejoignent les forces de la Libération au cours de l’été 1944.

La formation du nouveau GMR « Limagne »

Le 1er septembre 1943, le premier GMR « Limagne » fut dissous. Le GMR « Bellerive » prit alors l'appellation de GMR « Limagne ». L'unité que Jean rejoignit le 23 mai 1944 était donc l'ancien GMR « Bellerive », simplement renommé quelques mois auparavant.

Lors de cette réorganisation, le peloton motocycliste de l'ancien GMR « Limagne » fut regroupé avec le peloton ministériel à cheval pour constituer le GMR mixte ministériel. Cette nouvelle formation disposait d'un effectif théorique de 217 hommes, chiffre qui ne concernait pas le GMR « Limagne » dans lequel Jean servit en 1944.

Le nouveau GMR « Limagne », issu de l'ancien GMR « Bellerive », était principalement cantonné au camp des Calabres, près de l'hippodrome de Vichy, tout en disposant d'installations à Riom et à Clermont-Ferrand.

Comme les autres GMR, son effectif théorique avoisinait les deux cents hommes. Son organisation comprenait un peloton de commandement et de services, plusieurs pelotons de ligne ainsi qu'un peloton motocycliste. Le peloton de commandement regroupait notamment les transmissions, le service de santé, l'administration, les armuriers, les cuisines et l'intendance. Les pelotons de ligne étaient destinés aux opérations de maintien de l'ordre, tandis que le peloton motocycliste assurait les reconnaissances, les liaisons et les déplacements rapides.

L'armement du groupe comprenait principalement des fusils Lebel, des mousquetons Berthier, des pistolets automatiques et des fusils-mitrailleurs MAC 24/29. Le peloton motocycliste utilisait notamment des motocyclettes et des side-cars René Gillet ou Terrot.

Au printemps 1944, le GMR « Limagne » subit, comme l'ensemble des Groupes mobiles de réserve, la pression exercée par Joseph Darnand, secrétaire général au Maintien de l'ordre. L'unité demeurait toutefois traversée par des sensibilités diverses. Certains policiers restaient fidèles aux autorités de Vichy, tandis que d'autres transmettaient discrètement des renseignements à la Résistance, préparaient leur départ ou envisageaient de rejoindre les maquis.

Source : Maurice Sarazin, La Vie d'un Groupe mobile de réserve : le GMR Limagne.

L’arrestation de Lucien Païs et Roger Largier

Le 7 juin 1944, Lucien Païs et Roger Largier, deux membres du GMR « Limagne », cherchèrent à rejoindre un maquis avec leurs armes et leurs munitions. Ils furent interceptés en gare de Vichy par un brigadier de leur propre groupe.

Lucien Païs parvint d’abord à s’échapper en prenant le train en marche, mais il fut repris le lendemain à Clermont-Ferrand. Interné, livré aux Allemands puis déporté à Buchenwald, il mourut en janvier 1945. Cette tentative de départ montre que, plusieurs semaines avant le ralliement collectif, certains membres du groupe avaient déjà choisi de rompre avec le régime de Vichy.

Le Limagne face aux maquis

Le maquis Danielle-Casanova

Le maquis FTP « Danielle-Casanova », baptisé en hommage à la résistante communiste morte à Auschwitz, avait participé à un défilé patriotique organisé le 14 juillet 1944 dans plusieurs localités du secteur, notamment à Souvigny. Cette manifestation publique attira rapidement l’attention des forces allemandes et des services de répression de Vichy.

Le 16 juillet, les maquisards furent délogés de leur camp de Meillard par une première attaque allemande. Une cinquantaine d’hommes se replièrent pendant la nuit vers le nord et trouvèrent refuge dans les bois du château de Bost, sur la commune de Besson.

Le mardi 18 juillet 1944, les forces de répression localisèrent leur nouveau camp. Des miliciens de la Franc-Garde et des membres des GMR opérant dans la région, parmi lesquels le « Limagne » et le « Guyenne », prirent part à l’opération. Ils encerclèrent et attaquèrent les maquisards dissimulés dans les bois de Bost.

Le même matin, une autre intervention fut conduite contre la ferme de Villars, à Meillers, où avait séjourné un autre groupe de résistants, le maquis Villechenon. Les principaux responsables du maquis Danielle-Casanova et une partie de leurs hommes réussirent à se dégager à travers champs grâce à leur connaissance du terrain. Plusieurs résistants, cultivateurs et soutiens locaux furent cependant arrêtés, parmi lesquels les frères Joseph et Jean Lafay, agriculteurs à Villars, Jean Marcus, mineur, Antonio Zunino, bûcheron, et René Rondet.

Cette attaque constitue l’une des pages sombres de l’histoire du GMR « Limagne ». Elle précéda de quelques semaines seulement le ralliement collectif de la majorité de ses hommes à la Résistance.

La place de Jean dans le groupe

Le GMR « Limagne » ne fut pas engagé au complet dans l’opération du 18 juillet 1944. Une unité d’environ deux cents hommes devait conserver au cantonnement une partie de son effectif afin d’assurer le commandement, les transmissions, le service de santé, l’administration, l’entretien des armes, les gardes, les cuisines et le ravitaillement.

Jean était affecté comme aide aux cuisines pendant les trois mois qu’il passa au camp des Calabres. Il appartenait aux équipes indispensables au fonctionnement quotidien du cantonnement. Il prenait également part aux gardes, aux marches, aux entraînements et aux différentes tâches de service intérieur.

Jean m’avait affirmé ne pas avoir participé à l’opération conduite contre le maquis Danielle-Casanova. Son témoignage correspond à la répartition des fonctions au sein du groupe : tous les hommes n’étaient pas engagés simultanément dans les sorties opérationnelles, une partie du personnel demeurant nécessairement au camp.

Le GMR « Limagne » ne doit pas être confondu avec le GMR « Bourbonnais », également présent dans la région de Vichy. Ce dernier participa à des opérations dans les Bois Noirs et intervint à Riom, le 17 juin 1944, pour empêcher une évasion de la prison. Ces opérations furent celles du « Bourbonnais » et non du groupe auquel Jean appartenait.

L’appartenance de Jean au GMR « Limagne » fait partie de son parcours, tout comme l’histoire générale de cette unité. Il convient cependant de distinguer les opérations auxquelles certains éléments du groupe participèrent des fonctions que Jean exerça personnellement pendant cette période.

Marcel Colliou, le « commandant Roussel »

Marcel Colliou, connu dans la clandestinité sous le nom de « commandant Roussel », naquit à Brest en 1897. Officier supérieur de l’armée française et figure importante de la Résistance en Auvergne, il joua un rôle déterminant dans le regroupement des forces de l’Allier et dans la reconstitution du 152e régiment d’infanterie à la Libération.

Un soldat des deux guerres mondiales

Marcel Colliou devança l’appel et s’engagea dans l’infanterie en 1915. Il combattit notamment à Verdun et sur l’Aisne. À la fin de la Première Guerre mondiale, alors qu’il n’avait que vingt et un ans, il était titulaire de la Croix de guerre et avait reçu quatre citations.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, il commandait le IIIe bataillon du 152e régiment d’infanterie, stationné à Lapalisse, dans l’Allier. Lorsque les troupes allemandes envahirent la zone libre en novembre 1942, l’armée d’Armistice fut dissoute.

L’entrée dans la clandestinité

Refusant la défaite et l’occupation, Marcel Colliou reçut secrètement le commandement clandestin du 152e régiment d’infanterie. Visé par un mandat d’arrêt allemand le 1er mars 1943, il entra dans la clandestinité et adopta le pseudonyme de « Roussel ».

Il prit la tête de l’Organisation de Résistance de l’Armée dans le département de l’Allier. Caché dans le secteur d’Arfeuilles, notamment au hameau des Archers, il recruta et organisa les maquis locaux. Il mit également en place des groupes francs chargés de conduire des sabotages contre les voies ferrées, les transports et les dépôts de munitions utilisés par l’occupant.

À l’été 1944, les forces clandestines placées sous son autorité formèrent le « groupement Roussel », également appelé demi-brigade Colliou. Cette formation accueillit des maquisards, des volontaires et des membres des forces de l’ordre ayant rompu avec le régime de Vichy.

L’ORA, une résistance militaire

L’Organisation de Résistance de l’Armée, ou ORA, se distinguait des autres mouvements de Résistance par son recrutement et sa doctrine. Créée après la dissolution de l’armée d’Armistice, en novembre 1942, elle regroupait principalement des officiers et des sous-officiers d’active qui refusaient de renoncer au combat.

L’ORA se présentait comme une organisation apolitique dont l’objectif était militaire : dissimuler des armes, encadrer les jeunes réfractaires au Service du travail obligatoire et constituer des unités capables d’intervenir au moment du débarquement et de la Libération.

La présence d’officiers de carrière et l’existence d’une hiérarchie clairement établie facilitaient l’intégration d’hommes déjà formés à la discipline collective. Pour les anciens policiers mobiles du GMR « Limagne », rejoindre les forces de Colliou signifiait retrouver un commandement militaire organisé et préparer leur passage vers l’armée régulière.

Le ralliement du GMR « Limagne »

À l’approche de la Libération, la situation du groupe changea rapidement. En août 1944, environ cent quatre-vingts hommes quittèrent leur cantonnement avec une grande partie de leur équipement et de leur armement pour rejoindre les forces de la Résistance.

Le groupe conserva son encadrement, ses pelotons et ses habitudes de fonctionnement. L’arrivée d’une unité déjà constituée, armée, équipée et entraînée représentait un renfort important pour les FFI de l’Allier.

Les sources retrouvées indiquent deux dates. Le 24 ou 22 août 1944 correspond au départ du GMR « Limagne » de Bellerive-sur-Allier vers Montluçon.

À partir de ce moment, les anciens policiers portèrent le brassard FFI afin de marquer leur appartenance aux forces de la Résistance et d’éviter toute confusion avec les unités demeurées au service de Vichy. Ils conservaient encore leur uniforme bleu marine, proche de celui d’autres forces de maintien de l’ordre, ce qui rendait cette identification nécessaire.

Journal de marche

Le Journal de marche et d'opérations du Groupe Didier des FFI de l'Allier (SHD, AS/ORA, GR 19 P 3/6) mentionne qu'une compagnie de garde commandée par le capitaine Larousse, accompagnée d'un peloton motocycliste de trente hommes, rallia le maquis le 22 août 1944 avec son matériel et son armement.

L'examen de l'ensemble du dossier montre, qu'aucun autre ralliement d'une unité de cette nature n'est enregistré à cette date. Croisée avec la réorganisation des GMR décrite par Maurice Sarazin, cette source permet d'identifier cette formation comme étant la compagnie de garde et le peloton motocycliste du GMR Limagne, auquel appartenait Jean.

 

Les campagnes de l’Allier et du Centre

Les combats de Montluçon

La libération de Montluçon commença le 19 août 1944. Les forces de la Résistance encerclèrent les troupes allemandes retranchées dans la caserne Richemont. Le 24 août, alors que la garnison était menacée, une colonne allemande arriva par la route de Limoges pour tenter de briser l’encerclement.

Cette colonne comprenait le deuxième bataillon du SS-Polizei-Regiment 19, fort de plusieurs centaines d’hommes. Des combats eurent lieu autour de Quinssaines et sur les barrages établis aux abords de la ville. Malgré la résistance des FFI, les Allemands parvinrent à rejoindre la caserne et à permettre l’évacuation d’une partie de la garnison. Montluçon fut néanmoins libérée le soir même.

Le ralliement du GMR « Limagne » s’inscrivit dans ces journées. Ses hommes rejoignirent les formations combattantes et participèrent aux opérations menées aux côtés des FFI.

Moulins et la poursuite des colonnes allemandes

Au début du mois de septembre, les forces placées sous les ordres de Colliou participèrent à la libération de Moulins et aux opérations destinées à ralentir les troupes allemandes qui cherchaient à gagner l’est.

Les routes, les voies ferrées et les points de passage furent surveillés ou sabotés. Les résistants harcelèrent les convois et cherchèrent à empêcher leur regroupement. Dans le Forez et le Centre, ces actions contribuèrent également à gêner la progression de la colonne Elster.

Les combats de Lapalisse

Située sur la route nationale 7, Lapalisse constituait un passage stratégique pour les unités allemandes venant du Sud-Ouest et du Centre. Cet axe leur permettait de poursuivre leur retraite vers l’est de la France.

À partir du mois d’août 1944, les forces du groupement Colliou multiplièrent les sabotages et les embuscades dans le secteur. Elles coupèrent des lignes de communication, endommagèrent des ponts et harcelèrent les convois avec leurs armes, notamment les fusils-mitrailleurs MAC 24/29 apportés par les unités ralliées.

Les maquisards se postaient à proximité des routes et des points de passage afin d’intervenir contre les véhicules ennemis. Ces attaques contraignaient les colonnes allemandes à ralentir, à renforcer leur protection ou à chercher d’autres itinéraires.

Au début du mois de septembre, les dernières unités allemandes tentèrent de forcer le passage pour quitter l’Auvergne. Les forces de Colliou, appuyées par les pelotons mobiles et les motocyclistes du GMR « Limagne », participèrent aux opérations menées autour de Lapalisse. Face à la pression des FFI de l’Allier, les Allemands quittèrent finalement le secteur.

La libération de Lapalisse et de Moulins permit aux formations rassemblées sous l’autorité de Colliou de poursuivre leur mouvement vers l’est.

L’intégration dans l’armée régulière

L’intégration du GMR « Limagne » aux forces combattantes s’effectua sous l’autorité du lieutenant-colonel Colliou. Les anciens policiers passèrent progressivement d’une organisation de maintien de l’ordre à une structure d’infanterie régulière.

La compagnie Genouillac

Les quelque cent quatre-vingts hommes du GMR « Limagne » formèrent le noyau combattant de la compagnie Genouillac, placée sous les ordres du capitaine de Genouillac.

Cette compagnie regroupait des hommes déjà habitués à vivre et à se déplacer en unité. Leur formation, leur discipline et leur équipement permettaient de les engager rapidement dans les opérations militaires.

Le bataillon Thiollet

La compagnie Genouillac fut intégrée au bataillon Thiollet, formation destinée à regrouper principalement les anciens membres des GMR ralliés, notamment ceux des groupes « Limagne » et « Guyenne ».

Le bataillon Thiollet formait le IIIe bataillon de marche du groupement placé sous l’autorité de Colliou. Il constituait l’échelon intermédiaire entre les anciennes formations de police ralliées et leur intégration dans un régiment d’infanterie.

Le 152e régiment d’infanterie et la chaîne complète de commandement

La demi-brigade Colliou, également appelée groupement Roussel, devint le III/Auvergne, puis le III/152e régiment d’infanterie. Le 21 novembre 1944, le Gouvernement provisoire autorisa officiellement Marcel Colliou à rendre à son groupement le nom du 152e régiment d’infanterie. Ce régiment historique, dissous sous Vichy en 1942, était ainsi recréé à partir des forces de la Résistance et des unités ralliées. Il était surnommé le « Régiment d’Auvergne » ou les « Diables rouges ».

Pour encadrer les quelque cent quatre-vingts hommes issus du GMR « Limagne », les responsables conservèrent une organisation inférieure hiérarchisée, calquée sur le modèle militaire. Cette chaîne de commandement allait de la Première Armée française jusqu’aux gardes et aux équipes chargées des services. Elle permet de situer Jean Carton dans le peloton hors-rang, comme aide aux cuisines.

Les chefs de peloton

Sous les ordres des commandants Vernay et Sardaine, le GMR « Limagne » était divisé en quatre pelotons. Ceux-ci étaient placés sous l’autorité d’officiers de police dont les fonctions correspondaient à celles d’un lieutenant dans l’armée.

Parmi les cadres identifiés figuraient :

  • le lieutenant Joseph Le Vay, l’un des officiers importants du groupe, qui conduisit ses hommes lors du ralliement et poursuivit sa carrière après la guerre ;
  • Pierre Agliany, officier de paix et chef de peloton ;
  • Albert Wilheim, officier de paix et chef de peloton.

Ces officiers recevaient les instructions du commandement du groupe, les transmettaient aux brigadiers-chefs et veillaient à leur exécution dans les différents pelotons.

Le peloton hors-rang

Le personnel chargé des cuisines, du ravitaillement, des transports, des transmissions, de l’administration et du service médical était regroupé dans le peloton de commandement et de services, également appelé peloton hors-rang.

Ce peloton était dirigé par un adjudant ou un brigadier-chef chargé de l’intendance. Sous son autorité étaient organisés les travaux quotidiens, les tours de garde, les transports et la gestion des réserves. C’est dans cette organisation que Jean recevait ses consignes pour le service des cuisines et les autres tâches qui lui étaient confiées au camp.

Le responsable du peloton répartissait les hommes entre les différentes fonctions, organisait les équipes et contrôlait les stocks de nourriture nécessaires au fonctionnement du groupe. Il transmettait également les ordres concernant les gardes de la caserne et les corvées.

Les brigadiers et les brigadiers-chefs

Au plus près des hommes se trouvaient les brigadiers et les brigadiers-chefs. Les GMR employaient les grades de la Police, mais leur fonction se rapprochait de celle des sous-officiers de l’armée.

Les brigadiers-chefs, équivalents des sergents-chefs, commandaient les sections de combat ou dirigeaient certains services de la caserne. Ils recevaient leurs instructions des officiers et surveillaient leur application.

Les brigadiers, dont les fonctions correspondaient à celles des sergents, encadraient directement les chambrées, les équipes de garde et les groupes chargés des corvées. Dans le cas de Jean, un brigadier supervisait donc l’équipe des cuisines et lui transmettait les tâches quotidiennes.

L’organisation après le ralliement aux FFI

Lorsque le GMR « Limagne » rejoignit les forces placées sous les ordres de Marcel Colliou, cette structure de proximité demeura en place. Les officiers, les brigadiers-chefs et les brigadiers continuèrent à encadrer les mêmes hommes. Le maintien de cette organisation permit au groupe d’être engagé rapidement sans devoir reconstituer entièrement sa hiérarchie.

Le peloton chargé des cuisines, de l’intendance et des services, auquel appartenait Jean, fut intégré à la compagnie Genouillac sous la forme d’un peloton de commandement et de ravitaillement, ou PCR. Cette unité logistique devait assurer la préparation de la nourriture, le transport des vivres, le ravitaillement et l’acheminement des munitions nécessaires aux autres pelotons de la compagnie pendant les opérations de Montluçon et de Lapalisse.

Jean ne se trouvait donc pas en dehors de l’organisation combattante. Son affectation aux cuisines appartenait au dispositif logistique qui permettait à la compagnie de se déplacer et de poursuivre ses opérations. Les missions différaient de celles des pelotons de ligne, mais elles demeuraient intégrées à la même chaîne de commandement.

La marche vers l’est

La progression par la Bourgogne

Après les opérations menées dans l’Allier et le Centre, les unités ralliées quittèrent progressivement l’Auvergne. Elles suivirent les forces allemandes en retraite par Digoin, la Bourgogne et la vallée du Doubs.

Pendant cette progression, les groupes venus de la Résistance, des GMR et d’autres formations furent réorganisés afin de constituer des unités capables de combattre dans le cadre de la Première Armée française.

La campagne des Vosges

À l’automne 1944, le bataillon Thiollet fut engagé dans la campagne des Vosges, notamment aux côtés du 1er régiment de chasseurs parachutistes. Les hommes affrontèrent le froid, le relief et une résistance allemande solidement organisée.

Les combats se déroulèrent dans les forêts, les cols et les positions aménagées en montagne. Les unités devaient progresser sur des terrains difficiles, sous la pluie puis la neige, afin d’ouvrir la route de l’Alsace.

La campagne d’Alsace

Après les Vosges, le régiment descendit dans la plaine d’Alsace. En novembre et décembre 1944, il fut inspecté par le général de Lattre de Tassigny à proximité de la frontière suisse, avant d’être engagé dans le Haut-Rhin et les opérations liées à la poche de Colmar.

Pendant l’hiver 1944-1945, l’offensive allemande Nordwind fit peser une nouvelle menace sur Strasbourg. Le 152e régiment d’infanterie du colonel Colliou fut rattaché à la 14e division d’infanterie et déployé au nord de la ville.

La défense de Strasbourg

La mission du régiment consistait à interdire l’accès nord de Strasbourg et à empêcher les troupes allemandes de reprendre la ville. La tête de pont de Gambsheim et les secteurs de Hoerdt et Weyersheim représentaient des points particulièrement sensibles.

Les hommes furent engagés dans une guerre de positions sous la neige et dans un froid intense. Ils devaient surveiller les mouvements ennemis, repérer les infiltrations et résister aux tirs d’artillerie et de mortier. Leur expérience des contrôles routiers et des déplacements rapides pouvait également être utilisée pour surveiller les axes, les ponts et les arrières immédiats du front.

Pendant les combats de janvier et février 1945, les unités ne disposaient pas toujours de casernes traditionnelles. À Hoerdt, les hommes occupaient des tranchées, des abris de fortune, des caves, des maisons et des fermes réquisitionnées afin de se protéger des bombardements.

Le commandement logistique et les dépôts du régiment étaient installés plus au sud. Lorsque le front se stabilisa en février, le 152e RI put utiliser de plus grandes emprises militaires pour se réorganiser. Colmar, libérée le 2 février, devait ensuite devenir sa garnison historique, notamment avec son installation au quartier Molitor.

Le 10 février 1945, au cours d’une prise d’armes organisée sur la place d’Armes de Colmar, le général de Gaulle remit officiellement le drapeau du régiment à Marcel Colliou en déclarant :

« Colonel Colliou, au nom de la France, je vous remets le drapeau du 152e Régiment d’Infanterie. »

Après la guerre, Marcel Colliou fut nommé général de brigade. Il termina sa carrière comme commandant d’armes délégué de la place de Paris et mourut en 1963. Ses jumelles, ses insignes et son porte-documents de campagne sont aujourd’hui conservés au Musée Mémorial des combats de la poche de Colmar.

De l’uniforme du GMR à la tenue de l’armée régulière

L’évolution de la tenue portée par Jean entre son départ d’Auvergne et son engagement à Strasbourg rend visible son passage du GMR aux FFI, puis à l’armée régulière. À la fin de l’année 1944, l’intendance française ne disposait pas encore d’équipements homogènes. Les hommes durent composer avec des vêtements provenant de l’ancienne armée française et des livraisons alliées.

La tenue du GMR en Auvergne

Au moment du ralliement, Jean portait encore la tenue réglementaire avec laquelle le GMR « Limagne » avait quitté Bellerive-sur-Allier :

  • une vareuse et un pantalon en drap de laine bleu marine ou bleu nuit ;
  • un blouson court en toile ou en cuir sombre pour certains déplacements et les missions à motocyclette ;
  • un large béret de laine bleu marine porté rabattu sur le côté ;
  • un brassard FFI tricolore fixé sur le bras gauche.

Ce brassard, marqué de la croix de Lorraine ou du cachet du groupement de Colliou, permettait d’identifier les hommes ralliés et d’éviter qu’ils soient confondus avec les forces demeurées au service de Vichy.

La transition en Lorraine

À l’automne 1944, lorsque Jean rejoignit la Lorraine pour intégrer le bataillon de marche 3/20, l’unité manquait d’uniformes neufs. Les hommes reçurent des vestes et des pantalons kaki ou vert foncé provenant des stocks de l’ancienne armée d’Armistice.

Des effets américains apparurent progressivement : veste de combat M41 en toile beige ou vert olive, chemise de laine de couleur moutarde, chaussures en cuir retourné et guêtres en toile. Selon les distributions, les tenues associaient encore des pièces françaises et américaines.

L’équipement d’hiver en Alsace

À Strasbourg, pendant l’hiver 1944-1945, Jean portait désormais la tenue d’un soldat intégré aux forces régulières. Le béret ou le calot céda la place au casque américain M1, parfois muni d’un filet de camouflage. Certains soldats peignaient un petit drapeau français sur leur casque.

Pour résister au froid, les hommes portaient une lourde capote de laine française ou américaine, des écharpes et des gants. Le brassard FFI disparut avec l’intégration dans l’armée régulière et fut remplacé par les insignes correspondant à la nouvelle affectation, notamment ceux de la 20e région militaire ou de la Première Armée française.

Jean passa ainsi de la silhouette bleu sombre du policier rallié d’Auvergne à celle, kaki et plus proche de l’équipement allié, du soldat engagé sur le front d’Alsace.

L’armement du bataillon de marche 3/20 en Alsace

Les armes distribuées à Jean et à ses camarades du bataillon de marche 3/20 à Strasbourg marquèrent une nouvelle étape dans la modernisation de leur équipement. Pour tenir la ligne du Rhin sous les ordres du chef d’escadrons Hurstel, le bataillon reçut du matériel français, américain et britannique.

L’armement individuel

La carabine américaine US M1, légère et semi-automatique, utilisait une munition de calibre .30 Carbine. Maniable, elle convenait aux sous-officiers, aux estafettes, aux agents de liaison et aux hommes chargés des patrouilles ou de la surveillance des ponts.

Selon les disponibilités de l’intendance, des soldats reçurent également le fusil américain Springfield M1903 ou le MAS 36 français de calibre 7,5 mm. Ces armes à verrou étaient destinées aux hommes employés comme fantassins de ligne.

Les pistolets-mitrailleurs

Pour les combats rapprochés, les patrouilles et la garde des casernes, notamment la caserne Stirn à Strasbourg, les hommes disposaient de pistolets-mitrailleurs Sten britanniques ou Thompson américains.

Ces armes automatiques, efficaces à courte distance, pouvaient être employées pour surveiller les rues, les bâtiments militaires et les positions menacées par des infiltrations nocturnes.

L’armement collectif

Le bataillon Hurstel disposait également de fusils-mitrailleurs Bren britanniques et MAC 24/29 français. Ces armes pouvaient être installées dans des casemates, des abris ou des positions aménagées afin de couvrir les routes et les berges du Rhin.

Des mortiers légers et des mitrailleuses Browning de calibre .30 complétaient cet équipement. Ils permettaient de renforcer les positions établies entre La Wantzenau et le Stockfeld et de répondre aux tirs provenant de la rive opposée, notamment du secteur de Kehl.

C’est avec cet armement mêlant des matériels français, américains et britanniques que Jean tint le front d’Alsace. En février 1945, son unité entra dans une nouvelle phase de son organisation en contribuant à la reconstitution du 3e régiment de hussards.

Sources et références

Les informations retraçant le parcours du GMR « Limagne », son intégration sous les ordres de Marcel Colliou et le cadre militaire dans lequel s’inscrit le parcours de Jean reposent sur des travaux historiques, des bases officielles et des fonds d’archives.

Ouvrages historiques

  • Maurice Sarazin, La vie d’un Groupe Mobile de Réserve : le GMR Limagne (1941-1944). Cet ouvrage apporte des renseignements sur les effectifs du groupe, le passage de l’appellation « Bellerive » à « Limagne », le camp des Calabres et les combats de Montluçon.
  • Général Jean de Lattre de Tassigny, Histoire de la Première Armée française — Rhin et Danube, Éditions Plon. Cet ouvrage permet de replacer les unités issues de la Résistance dans le processus d’amalgame de l’automne 1944 et dans les opérations conduites en Alsace.

Sites et bases accessibles en ligne

  • Le site consacré à l’histoire des polices mobiles, qui rassemble des renseignements, des photographies et des extraits de documents concernant le GMR « Limagne ».
  • L’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance de l’Allier, pour les éléments concernant le maquis Danielle-Casanova, son repli dans les bois de Bost et l’opération du 18 juillet 1944.
  • Mémoire des Hommes, portail officiel du ministère des Armées donnant accès à la base des titres, homologations et services pour faits de Résistance.
  • L’ordre de bataille de la Première Armée française, qui mentionne la demi-brigade Colliou, le III/Auvergne, le III/152e RI, le bataillon Thiollet et la compagnie Genouillac.
  • L’historique du 152e régiment d’infanterie, retraçant sa reconstitution sous les ordres de Marcel Colliou et son parcours vers les Vosges et l’Alsace.

Service historique de la Défense, à Vincennes

  • Sous-série GR 16 P : dossiers individuels d’homologation au titre de la Résistance et des FFI ;
  • série 11 P : archives centrales du Secrétariat général à la Police de Vichy, dossiers relatifs aux GMR et aux désertions d’août 1944 ;
  • série 34 N : journaux des marches et opérations et registres de contrôle des unités de la Première Armée française ;
  • archives du 152e régiment d’infanterie, du bataillon Thiollet et de la compagnie Genouillac ;
  • archives du bataillon de marche 3/20.

Archives départementales de l’Allier

  • fonds du cabinet du préfet pour l’année 1944 ;
  • archives du Comité départemental de Libération ;
  • dossiers relatifs aux GMR, au ralliement des policiers et aux combats de la Libération ;
  • éventuels états nominatifs des policiers ayant rejoint les forces combattantes.

Archives départementales du Puy-de-Dôme

  • archives de l’Intendance régionale de police ;
  • dossiers relatifs au cantonnement et au fonctionnement du GMR « Limagne » ;
  • documents concernant les implantations de Riom et de Clermont-Ferrand.

Archives départementales de Meurthe-et-Moselle

  • registre matricule militaire de Jean Carton ;
  • feuillet nominatif retraçant ses affectations et ses états de service ;
  • registres correspondant à son recrutement dans la subdivision de Nancy.