Rester là, sans choisir

 


Rester là, sans choisir

Je reste assis. La musique continue sans que je sache vraiment depuis quand. Elle tourne comme un fond, quelque chose qui remplit la pièce sans la prendre. Le clavier est devant moi, ouvert, prêt, mais mes mains ne bougent pas.

Je pourrais écrire. Chercher une scène, en fixer une, lui donner une place. Ce serait simple, presque attendu. Une image nette, un moment choisi, quelque chose que l’on reconnaît tout de suite. Mais rien ne vient de cette façon-là.

À la place, ce sont des passages qui glissent. Un rire qui revient sans visage précis. Une lumière en fin de journée, posée sur une table. Une main, un geste, puis autre chose déjà. Rien ne tient assez longtemps pour s’imposer. Rien ne demande à être retenu plus qu’un autre.

Je reste là, sans trancher.

La musique passe d’un morceau à l’autre. Je ne change rien. Je laisse faire. Les mélodies portent ce que je n’attrape pas. Elles prennent la place sans la remplir complètement. Elles laissent juste assez d’espace pour que quelque chose circule encore.

Je comprends alors que je n’ai pas besoin de choisir.

Ce qui a été vécu ne disparaît pas parce qu’il n’est pas écrit. Il reste autrement, sans ordre, sans hiérarchie. Il tient dans ces fragments qui passent, dans cette manière de ne pas arrêter le temps pour le regarder.

Je ne bouge toujours pas. Le clavier attend.

Et je laisse les choses ainsi.