Entre les scènes qui ne s’arrêtent pas

Entre les scènes qui ne s’arrêtent pas

La musique tourne doucement sur l’ordinateur. Elle ne s’impose pas, elle tient la pièce. Je suis assis, les mains posées sans écrire. Les paroles passent, presque sans que je les retienne, mais elles ouvrent quelque chose de calme, comme un espace où les images reviennent.

Je pense à ces moments que je n’ai pas gardés sur le papier. Ils sont là pourtant, nombreux, mais aucun ne s’avance clairement. Ma vie a surtout été faite de pas, de décisions, d’élans tenus. Le reste est resté en marge, discret. Et c’est peut-être pour cela que ces mélodies prennent leur place aujourd’hui, comme si elles venaient combler ce que je n’ai pas su dire au moment où cela se vivait.

Je revois pourtant des instants simples. Un regard qui dure un peu plus longtemps. Une présence à côté de moi, sans parole inutile. Rien d’exceptionnel en apparence, mais quelque chose qui tenait, qui prolongeait le silence sans le rompre.

Le clavier reste immobile. Je n’ai pas encore choisi la scène. Je les sens passer, une à une, sans s’arrêter. Peut-être qu’il n’y en a pas une seule à retenir. Peut-être que cela tient justement à cette hésitation, à ces fragments qui ne se laissent pas enfermer.

La musique continue. 

Et dans ce léger décalage entre ce que j’ai vécu et ce que je pourrais écrire, quelque chose reste en suspens, comme un regard qui n’a pas encore quitté le sien.