Ce qui tient dans le matin
Ce qui tient dans le matin
Je sors tôt, l’air est encore frais, presque net, comme s’il n’avait pas encore été touché par le jour. Le ciel s’ouvre sans insister, clair, traversé de petits nuages qui passent lentement, sans urgence. Il fait bon marcher. Je laisse venir les pensées sans les retenir, elles avancent à leur rythme, comme mes pas.
Tobby apparaît derrière la clôture, il connaît l’heure. Il s’approche, se frotte, et Verdi répond aussitôt, le museau en avant, le corps léger. Ils se retrouvent là, chaque matin, sans surprise, deux chiens qui se reconnaissent, deux habitudes qui se tiennent. Ils ne cherchent rien d’autre. Ils sont là, simplement.
La voisine passe un peu plus loin, discrète, dans un geste presque effacé. Rien ne s’arrête, tout continue sans bruit. Verdi finit par rentrer, comme il le fait toujours, sans se retourner. Moi, je repars. Le chemin s’ouvre devant moi, connu, régulier.
Je marche. Les bras accompagnent le mouvement, naturellement. Le souffle s’installe, profond, posé. Le corps suit, sans résistance. Il y a dans cet effort quelque chose de simple, presque évident. Une manière d’être là, sans détour, sans attente.
Le parcours est court, je le sais, un kilomètre et demi à peine, mais il suffit. Les repères passent l’un après l’autre, les mêmes chaque jour, et pourtant jamais tout à fait semblables. Le pas reste régulier, ferme, sans chercher à aller plus vite. Je tiens l’allure, je tiens le fil.
Quand je fais ce tour de quartier, rien ne se décide vraiment, c’est le corps qui connaît le moment. Le chemin du retour se fait dans le même silence, avec ce léger réchauffement dans les épaules, dans la poitrine, quelque chose qui circule mieux. La maison se rapproche sans que j’y pense.
Je franchis le seuil comme on retrouve une place laissée un instant. L’air est différent, plus posé. Je m’assois. Le mouvement s’arrête, mais il reste là, en moi, dans le souffle encore présent, dans les mains qui se posent sur la table.
Alors j’écris. Sans chercher plus loin que ce qui est là.
Et peu à peu, sans que rien ne change vraiment autour de moi, je sens que cela tient.
