Avant les mots
Avant les mots
Je pose la main sur la table. Le bruit de la salle reste derrière nous. Ici, le temps se tient autrement, dans ce coin un peu à l’écart où nous sommes seuls face à nous-mêmes.
Le serveur dépose deux tasses. Une vapeur légère s’élève, avec ce parfum de café chaud qui reste en bouche avant même d’y goûter. Elle ajoute un peu de sucre. Je ne dis rien. Je la regarde.
Un rayon de lumière traverse la pièce et vient se poser sur ses cheveux. Ils s’éclaircissent sous ce trait de jour. Son regard, d’un bleu très clair, tient sans chercher à accrocher. Son visage est fin, presque fragile dans ses lignes, comme posé avec retenue. Rien n’est appuyé. Tout est là, simplement.
Elle porte la tasse à ses lèvres. Le geste est léger, précis. Sa silhouette se tient sans raideur, avec une forme d’élégance qui ne se montre pas. Il y a dans sa manière d’être une continuité, une justesse qui relie chaque mouvement.
Elle me regarde un instant, du coin de l’œil. Un sourire passe, discret. L’instant ne cherche pas à durer, mais il tient.
Je prends sa main. Le contact est simple. Et là, sans y penser, je reconnais ce que j’attendais sans savoir le nommer.
Ce moment s’écoule sans bruit. Nous nous en détachons à peine, comme si déjà il nous emportait ailleurs, tous les deux, vers un autre point que nous ne nommons pas.
