Au milieu du chemin
Au milieu du chemin
Je marche sans me presser sur ces pavés encore humides. La lumière tombe droit, nette, sans chercher d’effet. Elle accroche les façades, glisse sur les vitrines, revient vers moi par éclats. J’ai quarante ans. Je suis au milieu de ma vie, sans le dire, sans le formuler, mais je le sens dans la manière dont je tiens le pas.
Les mains dans les poches, j’avance sans but précis. Ce n’est pas une errance, plutôt un moment pris entre deux choses à faire, entre deux décisions. La rue suit sa courbe, les passants circulent, chacun pris dans son propre rythme. Personne ne me regarde vraiment. Et cela me convient.
Je m’arrête un instant. Pas longtemps. Juste le temps de me situer. Il y a déjà du chemin derrière moi. Des choix posés, des engagements tenus, des périodes plus denses où il fallait avancer sans trop réfléchir. Je ne les revis pas. Ils sont là, en arrière-plan, comme une ligne continue.
À cet instant précis, rien ne presse. Ce n’est pas encore l’apaisement. Je suis encore dans l’élan. Mais quelque chose a changé sans bruit. Je ne marche plus tout à fait comme avant. Le pas est le même, mais il porte autrement.
Je regarde la rue sans chercher à la comprendre. Elle est là, avec ses allées et venues, ses vitrines, ses voix mêlées. Je suis dedans, pleinement, sans chercher à y prendre plus de place que nécessaire. C’est un instant simple, mais juste.
Je reste encore quelques secondes, puis je reprends la marche. Rien ne s’arrête. Rien ne commence vraiment non plus.
Je continue.