La musique après le bal

 

La musique après le bal

La salle se vidait sans bruit.
Les chaises reprenaient leur place,
comme si rien n’avait eu lieu.

Je restais encore,
non pour attendre,
mais pour comprendre ce qui venait de passer.

Nous avions tourné longtemps
dans un cercle simple,
fait de gestes répétés,
de regards qui n’avaient pas besoin de mots.

Rien d’éclatant.
Seulement l’accord discret
de deux pas qui s’ajustent.

Puis un jour le rythme s’est décalé.
À peine.
Assez pour que la main cherche l’autre
et ne la trouve plus.

Tu n’as pas rompu violemment.
Tu t’es retiré comme se retire une musique
quand la fête s’achève.

Depuis, il me reste ce mouvement appris,
ce balancement intérieur
que je poursuis seul.

On croit perdre quelqu’un.
On garde surtout la trace
de ce que l’on a été en marchant à deux.

La salle est désormais silencieuse.
Mais parfois, sans raison,
je sens encore la cadence revenir.

Alors je continue,
non pour retenir hier,
mais parce qu’une danse vécue
ne s’efface jamais tout à fait.