Je crois aux gestes qui tiennent

 

Je crois aux gestes qui tiennent

Je n’ai jamais su parler d’amour comme on lance des feux d’artifice.
Les mots trop brillants me fatiguent.
Je préfère ceux qui se déposent doucement, comme une main sur une nuque.

J’ai longtemps cru que vivre, c’était avancer droit.
Tenir. Résister.
Ne pas trop s’attarder sur ce qui tremble.

Et puis un jour, ton regard a glissé sur moi autrement.
Pas pour me mesurer.
Pas pour m’évaluer.
Juste pour me voir.

Il y a des regards qui effleurent comme une caresse lente.
Ils ne cherchent rien à prendre.
Ils ouvrent.

Je crois que l’amour commence là -
dans cette seconde suspendue où l’on se sent reconnu jusque dans ses silences.
Là où l’on n’a plus besoin de jouer un rôle.
Là où la respiration change de rythme.

J’ai compris que les gestes peuvent être plus intimes que les promesses.
Un doigt qui frôle la paume.
Une épaule offerte sans mot.
La chaleur d’un corps qui s’approche dans la nuit, sans explication.

Je crois aux paroles murmurées.
À celles qui s’inventent dans le creux d’une oreille.
À celles qui n’ont pas vocation à durer toujours, mais à brûler juste assez pour éclairer l’instant.

On ne construit pas un amour avec des déclarations.
On le tisse.
Dans la lumière oblique du matin.
Dans la cuisine encore imprégnée d’odeurs de café.
Dans les draps froissés où les corps ont laissé leur empreinte tiède.

Il y aura des failles. Des impatiences.
Des moments où nos voix se heurteront.
Mais je ne crois pas aux amours lisses.
Je crois à celles qui respirent.
Qui acceptent la fragilité comme une partie du désir.

L’amour n’est pas une lumière aveuglante.
C’est une clarté chaude.
Une lueur posée sur la peau.
Un éclat discret au coin des lèvres.

Ma vie ne tient pas à de grandes certitudes.
Elle tient à la façon dont tu prononces mon prénom.
À la manière dont ton regard me cherche dans une pièce.
À ce silence dense qui nous enveloppe quand nos fronts se touchent.

Je ne veux pas changer le monde.
Je veux sentir ta main dans la mienne.
Je veux cette tension douce entre nos corps,
ce fil invisible qui nous relie même lorsque nous nous éloignons.

Je continue d’avancer ainsi,
avec la conviction intime que certains mots,
soufflés au creux du soir,
peuvent faire battre un cœur plus fort que toutes les promesses.