Ce qui reste des hommes

Ce qui reste des hommes

Ils étaient venus avec leur métier au corps,
des gestes appris dans l’atelier, la ferme, la rue.
On leur a donné un numéro,
puis un morceau de terre à garder.

Au début ils parlent encore d’avant.
Des repas, d’une saison, d’un visage.
Puis les phrases raccourcissent
jusqu’à tenir dans un regard.

On ne pense plus au courage.
On pense à tenir droit,
à bouger quand l’autre bouge,
à rester là quand tout pousse à partir.

Le temps ne passe plus.
Il s’empile.
Chaque heure ajoute du poids
et personne ne sait ce qu’il en fera après.

Certains restent sous la pluie lourde.
D’autres repartent sans bruit,
avec un sol accroché au dedans,
une vigilance qui ne s’éteint pas.

La bataille s’arrête un jour.
Ce qui reste des hommes,
c’est ce qu’ils portent ensuite
dans les années redevenues calmes.