Je l’ai compris autrement
Je l’ai compris autrement
Je l’ai compris un jour. J’étais en train de vieillir davantage. Pas à cause des rides, ni du reflet dans la glace. Pas davantage parce qu’un plus jeune m’a cédé sa place, ou parce que certaines modes me laissent désormais indifférent. Ce n’était pas cela.
C’était plus discret. Plus intérieur.
Je l’ai senti quand j’ai cessé de vouloir convaincre à tout prix. Quand j’ai arrêté de retenir ceux qui s’éloignaient. Quand le besoin d’avoir raison s’est effacé, sans lutte. Quand j’ai appris à laisser partir, sans bruit, sans scène.
Le vieillissement n’est pas arrivé comme une perte. Il s’est installé sans fracas. Sans tristesse. Presque avec délicatesse. Et avec lui, une forme de paix que je ne connaissais pas.
Je n’attends plus d’excuses de ceux qui ne savent pas les formuler. Le silence des autres ne m’atteint plus. J’ai compris que chacun se débat avec son propre tumulte. Et que celui qui veut parler, parle. Simplement.
Je ne cherche plus l’approbation. Je ne veux plus entrer dans un cadre qui n’est pas le mien. Je cherche l’accord intérieur.
Mon corps n’est plus un jugement. Il est une demeure. Il porte des traces, des amours, des deuils, des élans, des chutes. Il a tenu, souvent sans se plaindre. Il mérite le respect, pas le reproche.
Je vis autrement, désormais. Sans course. Sans injonctions. Sans culpabilité à prendre soin de moi.
Je bois mon infusion lentement. Je réponds quand je peux. Je marche sans urgence. J’écoute ce qui se passe en moi. Je me tiens. Je m’appartiens.
Et pour la première fois, peut-être, cela suffit.
