Il est tôt.

 

Il est tôt.

La lumière ne s'impose pas encore, elle effleure. Le bois du bureau garde un peu de la nuit, et le clavier attend. Il ne presse rien.


C'est un moment sans bruit. Pas même celui de la pensée. Juste une présence, posée là, dans cette pièce familière où le monde entre à pas feutrés. Il n'y a rien à résoudre, rien à prouver. Seulement cette façon d'être, à la lisière du rêve et de la mémoire, dans un temps qui ne pousse plus.


Les mains reposent, ouvertes.

Parfois, une image revient. Un rire d'enfant dans le jardin, une voix qu'on croyait perdue, un mot simple - merci, peut-être - qui remonte, comme une offrande.


Il ne s'agit pas de raconter. Ce serait trop. L'écriture, ici, ne décrit pas, elle respire. Elle donne forme à l'air qu'on a aimé, aux gestes discrets qu'on a reçus, aux silences qu'on a appris à écouter.


Les liens sont là, mais ils ne tirent pas. Ils relient sans enfermer.

La famille est une constellation douce, faite de présences minuscules et puissantes. Une tasse posée à côté, un livre refermé sans bruit, un regard croisé sans besoin de mot.


Il y a eu des rêves, oui. Certains sont passés, d'autres dorment encore, paisibles. Rien ne presse de les réveiller. Leur simple existence apaise. Ils indiquent le nord sans carte, sans boussole.


Ce qui compte, peut-être, se tient dans cette attention simple : écrire sans s'imposer, transmettre sans forcer, aimer sans dire.

Être là, c'est déjà cela. Une façon de veiller, de garder la lampe allumée sans chercher à éclairer.


Alors le clavier peut accueillir. Il ne s'agit plus de produire, mais d'accompagner.

Un mot après l'autre, comme on avance dans un sentier connu, sans peur d'oublier le chemin. Car ce qui doit rester, reste. Et ce qui s'efface, le fait sans regret.


Il n'y a pas de morale. Pas de leçon.

Juste ce calme, cette clarté sans éclat, cette lumière lente qui traverse les jours.


Et la présence, partout. Non pas déclarée, mais sensible. Une chaleur dans la voix, un soin dans le geste, une pensée posée sans bruit sur l'épaule d'un autre.


Ici, dans ce bureau silencieux, la vie n'est ni jugée ni racontée. Elle est regardée. Et cela suffit.

Biographie et Généalogie